21 of Jul, 2009 at 18:09
Derrida annonce qu’il va nous parler de l’ethnocentrisme, qui aurait dominé l’étude du langage, mais aussi du logocentrisme. On sent venir une affirmation du primat de l’écriture, l’écriture phonétique étant le grand ennemi. Venant de Derrida, on peut voir là une certaine ironie : son nominalisme rampant, s’approchant souvent du vaudou, aurait dû lui faire comprendre à quel point la sonorité des mots pèse dans son propre esprit.
Les sciences, apprend-on, sont déjà en voie de libération de la parole puisqu’elles emploient un langage « non-phonétique » (il serait plus approprié de dire formel). Effectivement, une solide linguistique permet justement de tenir compte des multiples contingences du langage et s’approcher d’un langage formel. Mais, désolé pour Derrida, cela implique aussi d’aller vers une écriture plus phonétique. D affirme le contraire :
Il appartient néanmoins à notre époque qu’au moment où la phonétisation de l’écriture — origine historique et possibilité structurelle de la philosophie comme de la science, condition de l’epistémè — tend à s’emparer de la culture mondiale la science ne puisse plus s’en satisfaire en aucune de ses avancées. (pp 12-13).
L’affaire est déjà risible. Instatisfait du cadre trop restreint qui lui permet de s’exprimer, Derrida décide d’enterrer son propos derrière encore plus de ce langage insatisfaisant. L’approche la plus rationnelle aurait été d’employer ou inventer des outils qui permettent la communication, pas de fuir dans l’obscurantisme. C’est ce que font les scientifiques, et une bonne part des philosophes.
La société ne donne pas à Derrida les outils dont il a besoin pour communiquer sa vaste sagesse. Soit. Mais il aurait été possible de construire de nouveaux outils de communication. Derrida échoue en la matière, et du coup devient le premier et meilleur exemple de l’échec de son système.
Tags: Derrida, Grammatologie, Linguistique
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13 of Jun, 2009 at 12:50
Le premier essai est l’esquisse d’une conférence donnée à la Sorbonne en 1991. Ça commence en force:
S’il fallait résister à l’analyse, encore faudrait-il savoir d’où vient et ce que signifie ce « il faut». Encore faudrait-il l’analyser.
Un beau jeu de mot! Il faut analyser pourquoi on résiste à l’analyse. Et pourquoi il faudrait procéder à cette analyse selon la grille de la psychanalyse? Parce que dans psychanalyse, il y a le mot analyse. Chez Derrida, un calembour est-il considéré comme un argument? (Mais attention, dans argument, il y a ment.)
Les lignes suivantes se résument bien par cette phrase de D lui-même:
bien des « il faut », et des « il y a », et des « résistances » qui semblent pourtant s’organiser autour d’un sens provisoirement tuteur de l’analyse
Autrement dit, Derrida se pose des questions concernant l’analyse. Ça tombe bien, puisque c’est le thème de la conférence. Ça lui a pris deux pages pour nous dire que les questions concernant l’analyse concernent l’analyse. (J’aime les tautologies: elles sont toujours vraies!)
Derrida nous parle ensuite de son amour pour le mot résistance. (Nominalisme?) Ça sent l’allusion à 1789, à la Commune de Paris, à mai 68. Il y a un autre jeu de mot entre “l’ombilic d’un rêve” (sensation vague qui demeure au matin) et le nombril au sens de nombrillisme. Nombrillisme car Derrida pourrait parler de sa résistance à l’analyse, et car la résistance en politique française est un sujet qui le passionne. Pourquoi il nous dit tout ça? Ah oui, pour nous dire que la conférence ne portera pas là-dessus, sauf s’il cède à la tentation de nous en parler. Mais il vient de nous en parler, non?
Tags: Derrida, Résistances de la psychanalyse
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13 of Jun, 2009 at 0:29
C’est l’été, quoi de mieux que des lectures amusantes? Tiens, les Résistances de la psychanalyse, de Derrida. (Galilée, Paris, 1996). Pourquoi pas. D’après le titre, il semble que monsieur D va nous dire que si on critique la psychanalyse, c’est qu’on en a grand besoin, qu’on fait du déni, etc. Quelque chose dans ce registre. Ou peut-être pas. On verra bien.
La première section, Avertissement, nous apprend que le livre est un recueil de trois textes ayant servi d’esquisses pour des conférences données au début des années 1990. Le premier texte traite de Freud (bien envie de voir ce que D en dit), puis Lacan (pas étonnant) et enfin Foucault.
Derrida déplore que la psychanalyse soit devenue comme un vieux remède qui traine au fond de la pharmacie et qu’on utilise faute de mieux. L’analogie me plait, mais pas pour la même raison que l’auteur.
Je m’attends maintenant à ce que Derrida annonce qu’il compte employer le concept psychanalytique de résistance afin de dire que les anti-psychanalyse sont des névrosés profonds, argument facile et sans valeur. Un passage me rassure partiellement:
On pourrait sans doute étudier le retour de cette résistance-à-la-psychanalyse en s’inspirant du discours freudien sur la « résistance-à-l’analyse ». Ce n’est pas la voie privilégiée par ces trois essais.
FIOU! Les “trois essais” auraient été particulièrement cons si ça avait été le cas. Il s’agira plutôt, semble-t-il, de traiter des résistances de la psychanalyse à elle-même. Apologétique de la psychanalyse? Ce n’est pas très clair.
Tout de même. On note que Derrida admet qu’il aurait pu parler de la résistance à la psychanalyse comme d’une névrove, ce qui est déjà alarmant. Je parie que cet Argument Bidon (scepticisme = déni) va quand même se pointer le bout du nez éventuellement.
Tags: Derrida, Résistances de la psychanalyse
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18 of Apr, 2009 at 10:17
Au sujet de l’oxygénothérapie comme cure pour la paralysie cérébrale, Daniel Pagé m’écrit que:
Il n’y avait PAS de placebo dans l’étude ”Collet”. 1.3 ATA avec air ambiant est un traitement contrairement à ce que Collet prétent!
D’ailleurs, ce sont les propos du Dr Pierre Marois qu’il faut retenir et on peut lire sa dernière publiciation ici:
http://www.jpands.org/vol12no4/marois.pdf
L’étude du Dr Dan Rossignol et collègues publiée le 12 février 2009 confirme l’efficacité d’une pression de 1.3 ATA avec 24% oxygène:
http://www.biomedcentral.com/imedia/1565094921249428_article.pdf?random=834775
Pour ce qui est de l’avis de Santé Canada, cette organisation est corrompue jusqu’à l’os au service du Cartel Pharmaceutique.
Dans une étude, quand le placébo donne des résultats équivalents au traitement, il est généralement approprié de dire que le traitement est nul. Ce qu’on remarque ici est une sorte d’acharnement. Plusieurs études citent Collet et al comme un appui à la thérapie hyperbare alors qu’elle montre plutôt son inefficacité. Au lieux d’admettre que la thérapie ne fait rien, ils prétendent que le placébo fait quelque chose. Imaginez qu’un chercheur “découvre” que les pilules de sucre guérissent le cancer après avoir constaté qu’elles sont “aussi efficaces” que son nouveau remède miracle (c’est-à-dire pas du tout).
La raison pourquoi on prétend que 1.3 ATA n’est pas un placébo est parce que le traitement reçu par le groupe de contrôle a été aussi efficace que l’oxygénothérapie réelle. Ce serait logique, rendu à ce point, d’admettre la défaite. Mais on comprend que les zozos tiennent à maintenir leurs croyances… Toute la rhétorique de l’OHB-qui-guérit-la-paralysie-cérébrale repose sur le fait qu’il y a une pression atmosphérique importante. Une pression de 1.3 ATA, ce n’est pas une pression atmosphérique importante. Ça équivaut à être dans une piscine. Et ça ne fait rien de plus… que d’être plongé dans une piscine. Peut-être pourrait-on prescrire la piscine aux patients, ils épargneraient des milliers de dollars.
Ce qui nous amène à la récente publication de Rossignol (2009). Cette étude porte sur les effets sur l’autisme, pas la paralysie cérébrale. De plus, Rossignol cite lui aussi (à tort) l’étude de Collet et al comme démontrant l’efficacité de l’oxygénothérapie hyperbare.
Le raisonnement est circulaire:
- Collet et al ont démontré que ça marche…
- …car Rossignol cite Collet
- … car Collet et al ont démontré que ça marche, et ainsi de suite.
Notons que les travaux de Rossignol peuvent également être contestés. Cette recherche est financée par une compagnie qui fournit des soins d’OHB. Les chercheurs eux-mêmes gagnent leur vie en prodigant de tels soins. (C’est dans l’article… il suffisait de lire la section Competing Interests). Pour quelqu’un qui est soucieux de la corrpution et des conflits d’intérêts au sein de Santé Canada, je trouve monsieur Pagé plutôt inconsistant.
Tags: Collet, Daniel Pagé, oxygénothérapie hyperbare, paralysie cérébrale, Rossignol
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7 of Apr, 2009 at 15:59
Suite à un refus de la part du cégep de Sherbrooke, un groupe de créationnistes a présenté sa conférence dans une église baptiste. Mentionnons d’abord que, personnellement, la liberté d’expression me semble plus importante que le risque supposé que les créationnistes gagnent en crédibilité en inscrivant à leur C.V. qu’ils ont donné une conférence dans un établissement d’enseignement aux cycles supérieurs. Il ne faut pas oublier non plus le potentiel pédagogique - et humoristique - d’un tel événement pours les étudiants qui suivent un cours de biologie ou d’intro à la philosophie.
Mais je comprends les arguments des profs qui ont mis leur veto à cette conférence. Pour eux, pas de pseudo-science dans leur cégep, car même si c’est pour en rire ensuite cela donne de la crédibilité à un mouvement qui n’en mérite pas du tout.
Ceci dit, Mc Gilles s’est rendu chez les créationnistes dans le cadre de l’émission Infoman. On peut voir que des étudiants (sceptiques) du cégep se sont rendus sur place. La mission pédagogico-humoristique est donc tout de même remplie. Pour ma part, les deux moments qui m’ont fait le plus rire sont:
- L’argument du chapeau et du jambon fossilisé;
- Le conférencier explique la formation du grand Canyon par un embâcle qui a lâché d’un coup. Il est sur le point de dire que l’eau a creusé un fossé dans les sédiments, mais se retient au tout dernier moment et dit “le matériel qui était là”. Normal: les créationnistes de la terre jeune pensent que les sédiments aussi sont le produit du Déluge, lorsque l’eau qui recouvrait la terre en finalement décanté.
Tags: créationnisme, mc gilles, sherbrooke
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25 of Feb, 2009 at 11:36
Un argument de philo de bistrot souvent entendu… dans les bistrots est qu’on ne peut prouver que 1+1=2 par la logique, donc à quelque part il faut bien avoir “des croyances”. Or, on peut tout à fait prouver que la somme de un et un est deux en employant seulement la logique.
En fait, si on ne pouvait pas calculer avec la logique, les calculettes (et ordinateurs) devraient avoir eux aussi des “croyances” c’est-à-dire une liste de tous les calculs possibles avec la réponse dogmatiquement pré-programmée. Ou encore, la calculette pourrait contenir un petit lutin qui serait vraiment hyper bon en calcul mental. Dans un cas comme dans l’autre il serait difficile de faire entrer ça dans une calculette de poche.
La vérité est beaucoup plus simple: le calcul (1+1=2) est converti en signaux électriques qui équivalent à des valeurs logique (vrai ou faux). La calculette est elle-même constituée de circuit qui imitent des opérateurs logiques. Lorsque l’électricité passe à travers le circuit, une réponse (en format binaire) est recrachée à l’autre bout. Démonstration! (Les graphiques proviennent de cette page wikipédia).
Voici d’abord une petite table de vérité. Ces tableaux sont souvent employés en logique. Le 1 en binaire signifie aussi “vrai” en logique, ou pour un circuit, “le courant passe”. Le 0 signifie l’inverse: “faux” en logique, “le courant ne passe pas” en électronique.
| A | B | A et B | A xou B |
---------------------------------
| 0 | 0 | 0 | 0 |
| 0 | 1 | 0 | 1 |
| 1 | 0 | 0 | 1 |
| 1 | 1 | 1 | 0 |
Ici j’ai mis “xou” pour un “ou exclusif”. C’est à dire que le courant passe seulement si un et un seul “interrupteur” est activé. Autrement dit, soit A, soit B, mais pas les deux. L’autre opérateur “et” est plus simple: le courant passe seulement si les deux interrupteurs sont activés (A et B). On peut construire une petite “machine” à partir de notre table de vérité:

On a ici une “machine” qui fonctionne uniquement par la logique. Elle est constituée d’un opérateur “ou exclusif” (la forme du haut qui ressemble à une coupe à vin sur le côté) et d’un “et” (la forme qui ressemble à la lettre D).
Le “S” est la somme finale du calcul. Le “C” est la retenue de l’addition.
On peut se demander pourquoi il y a une retenue alors qu’on calcule seulement 1+1=2. C’est que dans notre machine (et en binaire en général), on peut seulement avoir deux valeurs par chiffre: un ou zéro. Pour représenter le nombre 2, écrira donc 10. L’équation qui nous intéresse se transcrit ainsi par 1+1=10.
La solution finale sera sous forme CS, c’est-à-dire qu’elle est composée de C (le chiffre le plus à gauche) et S (l’autre chiffre, qui occupe la place des unités). Si C vaut 0 et que S vaut 1, la solution sera 01. En binaire, C et S sont des bits. Notre petite machine fonctionne avec deux bits. Voici un tableau des premiers chiffres en binaire:
|Décimal | Binaire|
+-----------------+
| 0 | 00 |
| 1 | 01 |
| 2 | 10 |
| 3 | 11 |
-------------------
On voit qu’avec deux bits on peut représenter les chiffres 0, 1, 2 et 3. Pour faire des calculs plus poussés il faudrait évidemment construire un circuit logique plus complexe. Mais pour 1+1=2, cela suffira.
Procédons maintenant à notre addition. On met la valeur 1 dans A et la valeur 1 dans B. En suivant le petit circuit, on voit que ceux deux valeurs arrivent à l’opérateur “ou exclusif” et sont dupliquées vers l’opérateur “et”. Comme on le voit dans la table de vérité, lorsque A et B valent 1, le “ou exclusif” va renvoyer un 0. Le “et” va donner un 1. Bref, S=0 et C=1. La réponse finale est donc 10 en binaire. Si on remet le tout en décimal (voir le tableau de conversion) on obtient… 2.
On a donc additionné 1 + 1 sans employer de connaissances préalables en mathématiques. Juste avec de la logique. Ça prend une page et demi d’explication pour y arriver, mais on peut le faire.
Category: imposture, philo
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9 of Feb, 2009 at 20:15
Sur son site Internet, la Clinique Magali, située à Longueuil, prétend pouvoir soigner toutes sortes de maux, dont l’autisme et la paralysie cérébrale, grâce à une approche révolutionnaire, l’oxygénothérapie hyperbare. Cette technique, simplement dite, consiste à exposer le patient à un environnement enrichi en oxygène où la pression atmosphérique est également plus élevée. Il s’agit donc d’une méthode très similaire aux caissons de décompression et qui est reconnue par Santé Canada comme traitement efficace pour certains états pathologiques (liste ici). Nous examinons dans cet article plusieurs études évaluant la valeur thérapeutique de l’oxygénothérapie hyperbare (ci-après, OTHB) sur la paralysie cérébrale.
Mentionnons d’abord que la littérature scientifique est généralement sceptique quant à la validité de l’OTHB. Patel (2007), considère que l’efficacité de l’OTHB sur la paralysie cérébrale n’a pas été démontrée. Nuthall et al (2000) considèrent également qu’Il est possible que l’OTHB présente d’autres utilisations que le traitement de la paralysie cérébrale. Par exemple, Sukoff (2001) affirme que l’OTHB a des effets très positifs sur les patients souffrant de lésions cérébrales graves, conclusion qui est appuyée avec un certain bémol par Rocksworld et al. (2007), qui insistent sur le fait que les lésions doivent être graves pour qu’un effet soit visible. L’effet de l’OTHB sur la paralysie cérébrale demeure incertain.
Tournons-nous maintenant vers des articles mentionnés sur le site de la clinique Magali comme supportant leur technique. On mentionne d’abord Machado (1989). Or, cette étude, en plus de dater un peu, a été publiée par l’American College of Hyperbaric médecine, organisation qu’on ne peut considérer comme neutre sur la question. La seconde étude est Cordoba-Cabeza (1998). Cette étude, bien qu’elle semble concluante, n’est en réalité pas une véritable étude clinique: l’échantillon était très petit (N=14) et il ne s’agissait pas d’un test à double insu. Il n’y a donc guère de moyen de savoir si c’est réellement le traitement d’oxygénothérapie qui est responsable de l’amélioration de l’état des patients.
Ce qui nous mène à Collet et al. (2001). Cette étude a employé un nombre significatif de patients (N=111) et fonctionnait à double insu. Il s’agit jusqu’à présent de la seule évaluation objective et dument conduite de l’OTHB - l’autre étude (Montgomery et coll. 1999) étant une recherche pilote. Un groupe a reçu un traitement d’OTHB, l’autre était simplement exposé à une pression atmosphérique légèrement supérieure (1.3 ATA). Les résultats étaient similaires dans les deux groupes (placebo et OTHB). Autrement dit, il n’y aucune différence entre l’OTHB et le simple fait d’être assis dans un caisson de décompression pendant quelques minutes.
Collet et coll. attribuent les effets positifs au fait de rencontrer des enfants ayant un état similaire de paralysie cérébrale dans le cadre d’une étude, effet confirmé par l’American Academy of Cerebral Palsy and Developmental Medicine (voir Papasian & Alfonso, 2003). Le fait que la clinique Magali emploie cette étude pour démontrer l’efficacité de leur traitement, alors que les conclusions de l’étude démontrent clairement l’inverse, nous semble symptomatique.
Par ailleurs, une équipe de chercheurs dont fait partie le docteur Collet a publié en 2006 une étude affirmant que non seulement l’OTHB n’a pas d’effets positifs sur la paralysie cérébrale, mais qu’il peut y avoir des effets secondaires sur l’oreille interne (Muller-Bola et al. 2006) nécessitant parfois l’installation de tubes dans les oreilles. Les traitements auraient également causé plusieurs épisodes de convulsions. (Voir aussi McDonaugh et al. 2007).
Mentionnons finalement que Santé Canada a émis un avertissement quant aux prétentions de soigner la paralysie cérébrale par l’OTHB:
Méfiez-vous de quiconque annonce ou offre le traitement hyperbare pour soigner des maladies comme la sclérose en plaques, la paralysie cérébrale, le cancer, le sida, les maladies cardiaques et les migraines. À l’heure actuelle, rien ne démontre l’utilité de ce traitement en l’occurrence. (source: site de Santé Canada)
Bien que l’OTHB soit reconnu pour soigner certaines pathologies et possiblement utile pour assister au traitement de lésions cérébrales graves, son efficacité n’est pas démontrée en ce qui concerne la paralysie cérébrale. Ceux qui désirent tenter leur chance doivent comprendre que les coûts et effets secondaires potentiels doivent être pris en considération avant de prendre rendez-vous à la clinique Magali.
Bibliographie
Collet et al. (2001). Hyperbaric oxygen for children with cerebral palsy: a randomised multicentre trial. Lancet. 23;357(9273):2052-3.
McDonaugh et al. (2007). Systematic review of hyperbaric oxygen therapy for cerebral palsy: the state of the evidence. Developmental medicine and child neurology. 49(12):942-7.
Muller-Bola et al. (2006). Side effects of hyperbaric oxygen therapy in children with cerebral palsy. UHM. 33(4).
Patel, Dilip R. (2007). Therapeutic intervention in cerebral palsy. Indian journal of pediatric, 72(11).
Papasian & Alfonso (2003). Tratamiento de los niños con parálisis cerebral con oxÍgeno hiperbárico. Revisia de Neurologia. 16-31;37(4):359-64
Rocksworld et al. (2007). Hyperbaric oxygen in traumatic brain injury. Neurol Res. 29(2):162-72.
Sukoff, J Neurosurg. Effects of hyperbaric oxygenation. Journal of neurosurgery. 94(3):403-11.
Tags: autisme, clinique Magali, oxygénothérapie hyperbare, paralysie cérébrale
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25 of Jan, 2009 at 11:44
Extrait d’un brouillon d’un premier jet du chap. 3 de mon mémoire…
Le terme Standard Social Science Model (SSSM) vient de “The psychological foundations of culture”, article ouvrant The Adapted Mind (T&C1992). Le noyau du SSSM est la conception de l’esprit humain en tant que tabula rasa modelée avant tout par l’environnement (Cornwell et al. 2008). L’individu viendrait au monde comme une page vierge, et recevrait le gros de ses contenus mentaux via l’environnement ou la “culture”. Cette emphase sur l’influence de l’environnement mène Tooby et Cosmides à qualifier cette position “d’environnementalisme”.
Plusieurs ont accusé Tooby et Cosmides d’attaquer un homme de paille avec le SSSM. Avant de détailler quelques critiques adressées au modèle psychoévolutionniste en tant que tel, nous répondrons brièvement à cette accusation fréquente.
D’abord, le SSSM existe-t-il? Après un inventaire de la littérature, Cornwell et ses collègues ont jugé que le SSSM n’existe pas réellement en psychologie, mais serait encore caractéristique en sociologie. La raison de cet écart paradigmatique serait que la psychologie, étant plus ancrée dans le biologique, serait en quelque sorte immunisée contre le SSSM, alors que la sociologie, de par sa nature même, entretiendrait une mentalité plus similaire au SSSM (Cornwell et al. 2008, 270). L’accusation d’homme de paille est donc au moins à demi fausse.
Par ailleurs, une lecture plus approfondie montre que le SSSM n’est une conception précise à laquelle les auteurs seraient censés adhérer ou pas. Il s’agit plutôt d’une mentalité générale qui, selon Tooby et Cosmides, handicape les sciences humaines. (T&C 1992). Les auteurs reconnaissent que le SSSM correspond à des concepts dépassés (T&C 1992, 33). Ce qui les préoccupe est que les différentes disciplines des sciences humaines n’ont pas encore complètement révisé leurs conceptions, ce qui, craignent T&C, nuirait à leur évolution.
Finalement, Tooby et Cosmides n’accusent pas les environnementalistes de nier l’existence d’une structure mentale innée.(1) (Krebs & Climenhage, 2005). Ils reconnaissent au contraire que le consensus actuel est qu’il existe des structures innées. Même Skinner, rappellent-ils, admettait qu’il existait des structures universelles innées, ne serait-ce que la capacité au conditionnement opérant. Autrement dit, bien que la tabula rasa lockéenne ne soit pas en vogue, on se butte tout de même à son itération actuelle: “the tabula rasa’s fully modern equivalent, the general-purpose computer. Such a computer doesn’t come pre-equiped with its own programs that tell it what to do, but instead - and this is the essential point - it obtains the programs that tell it what to do from the outside, from ‘culture’.” (T&C 1992a, 29).
Ainsi, le vrai débat ne se situerait pas au niveau de l’existence, mais de la nature (centralisée ou modulaire) de la structure mentale innée: “Does the mind consist of a few, general purpose mechanisms, like operant conditioning, social learning and trial and error induction, or does it also include a large number or specialized mechanisms (…) ?” (T&C 1992, 39)
En résumé, le SSSM est possiblement un homme de paille, du moins en psychologie, mais cela semble tout à fait assumé par T&C. Ceux-ci souhaitent, en mettant de l’avant cet épouvantail, confronter le milieu à ses propres retards conceptuels en ce qui concerne l’évolution des processus mentaux.
(1) Réciproquement, contrairement à ce que plusieurs ont prétendu, notamment dans un volume publié par Rose et Rose, Tooby et Cosmides n’affirment pas que l’environnement n’a aucun rôle à jouer dans le développement (Rose & Rose 2000, dans Kurzban 2002). On ne peut nier que l’individu est en relation avec son milieu, et donc influencé par lui. (T&C 1992, 122)
Bibliographie
- Cornwell et al. (2005). “Introductory Psychology Texts as a View of Sociobiology/Evolutionary Psychology’s Role in Psychology”, Evolutionary Psychology, 2005:3, 355-374.
- Barkow, Cosmides, Tooby (1992). The Adapted Mind. Oxford University Press.
- Krebs & Climenhage (2005). ”The Nature and Nurture of Morality”, Evolutionary Psychology, 2005: 3, 133-141.
- Kurzban, R. (2002). Alas Poor Evolutionary Psychology: Unfairly Accused, Unjustly Condemned. Human Nature Review. 2: 99-109.
Tags: Cosmides, Evo psycho, Krebs & Climenhage, Kurzban, mémoire, SSSM, Tooby
Category: body and soul, philo
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22 of Dec, 2008 at 11:52
C’est à croire qu’il faudrait tous être des êtres ténébreux rongés par l’angoisse existentielle. Ou peut-être de froids scientifiques convaincus que tout est réductible à des processus électro-chimiques dans le cerveau? Dans les deux cas, on constate le néant total qu’est l’existence. La solution est peut-être dans les environs de la bouteille de scotch, des rencontres sans lendemain et des cigarettes à la chaine, baumes venant apaiser l’anxiété résultant de notre coup d’oeil furtif dans le néant. D’une manière ou d’une autre, le bonheur est illusoire. Ceux qui ne sont pas d’accord, dira ce ténébreux philosophe, ne se sont pas posés les Vrais Questions ™, du genre “quel est le sens de l’existence”, “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien”, etc.
Entre en scène Poppy, personnage principal d’un récent film de Mike Leigh, Happy-go-lucky.Poppy est une institutrice londonaise qui ne perd jamais sa bonne humeur. Humour britishà l’appui, elle réussit à rendre drôle n’importe quelle situation. Après quelques minutes de ce régime intensif de bonheur, on se demande si Poppy s’est posé les Vrais Questions. Son bonheur, certainement, ne peut être qu’illusoire. Il doit y avoir un vide dans sa vie, etc. Mais non! On réalise plus tard que Poppy s’est effectivement posé toutes sortes de questions. Ça ne l’empêche pas d’être heureuse, pas le moins du monde.
Je zappe vers mon vrai sujet: A brief tour of humain consciousness, de V.S. Ramachandran.
Ramachandran est un neurologue d’origine indienne. Il est devenu populaire principalement par ses études sur les “membres fantômes” et sur la synesthésie. Ce qui m’a frappé le plus en lisant A brief tourest que Ramachandran ne se base pas sur nos habituels stéréotypes occidentaux. Il ne va pas, par exemple, employer des exemples tirés de la mythologie grecque. C’est plutôt dans l’hindouisme et dans la pensée orientale qu’il tire ses métaphores.
Du coup, il me semble que Ramachandran n’a aucun problème avec le réductionnisme en psychologie. Ça ne l’embête pas, sur le plan métaphysique, d’affirmer que nous n’avons pas d’âme, que notre conscience est ”juste” le sous-produit de réactions chimiques dans le cerveau, etc. En fait, il trouve ça beaucoup plus beau, plus authentique, plus… spirituel.
Comprendre le fonctionnement de notre cerveau n’enlève pas toute la beauté du monde, au contraire. Ramachandran avance même que les artistes ont toujours, sans vraiment s’en rendre compte, comptés sur certaines particularités du cerveau humain. Mieux comprendre le cerveau permettrait ainsi de mieux apprécier l’art.
Certains s’imaginent que le réductionnisme enlève la beauté du monde et ne peut que mener au nihilisme. En lisant V.S. Ramachandran, on se demande si ce point de vue ne serait pas un préjugé occidental. Dans la même lignée, la psychologue et auteur Susan Blackmoore a déjà affirmé que, lorsqu’elle a réalisé que sa conscience est un sous-produit du cerveau, elle a ressenti un grand soulagement. Elle considère être beaucoup plus heureuse depuis.
Quand on lit les textes de Blackmoore, on découvre une femme qui a beaucoup expérimenté avec diverses formes de spiritualité (les drogues et la méditation zen, principalement). On ne pourrait pas vraiment dire qu’il lui “manque quelque chose” dans la vie, ou qu’elle ne s’est pas posé les Vraies Questions ™. Au contraire.
C’est peut-être ceux qui postulent un monde-derrière-le-monde, une âme, une transcendance, c’est peut-être ceux-là qui ont un problème avec le bonheur.
Tags: Mike Leigh, Susan Blackmoore, V.S. Ramachandran
Category: body and soul, débat, philo
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8 of Nov, 2008 at 11:07
J’ai mis la main sur un Larousse de la philo, édition de 1964. À l’article “hérédité”, on peut lire:
L’immense majorité des faits de l’hérédité ont été connus et expliqués par les lois de Mendel (…)
Non. Les “lois” de Mendel se sont avérées être une bonne piste, tout au plus. Il y a un paquet d’exceptions à ces lois. L’hérédité s’explique par la génétique. L’article du Larousse ne parle pas du tout de l’ADN.On recule de quelques pages pour constater une bêtise bien plus grave: l’article “darwinisme”. Un premier extrait:
…à bord du Beagle, il visita l’Amérique du Sud et les îles du Pacifique (…); il observa les variations des espèces animales, et se convainquit que ces dernières peuvent évoluer en ce transformant. [emphase déjà dans le texte]
En se transformant! L’article confond d’emblée Darwin et Lamarck, alors que quelques lignes plus bas ils mettent pourtant au clair la différence entre les deux (du moins, ils essaient):
[L]‘homme aussi bien pourrait donc descendre du singe, hypothèse qui fit d’abord scandale, bien qu’elle ait été mise en avant déjà par Francis Lamark. Leur doctrine commune, le transformisme, présente une différence sur un point essentiel: chez Darwin, c’est le milieu qui sélectionne en supprimant, tandis que chez Lamarck le milieu sélectionne en transformant les organismes; c’est la théorie de la “sélection naturelle”.
L’homme ne descend pas du singe. Darwin n’a jamais dit ça. L’homme a un ancêtre commun avec le singe, c’est différent. Par ailleurs, l’article confond sélection des spécimens et sélection des traits. La sélection naturelle et le transformisme, c’est deux choses. L’article tombe ensuite dans une autre erreur cliché:
La “sélection naturelle” entraine donc la survivance des plus forts, c’est-à-dire, au fond, des plus aptes à se défendre à la fois contre les autres organismes, contre la rigueur des climats et contre les difficultés de nourriture.
Pas un mot sur la capacité à se reproduire. Finalement, on tombe dans la réécriture catholicisante de l’histoire (de l’histoire en cours, qui plus est):
Le néo-darwinisme et l’évolutionnisme moderne reconnaissent un parallélisme dans l’évolution des espèces: par exemple, l’espèce “singe” peut évoluer, mais ne donnera jamais qu’un singe, et non une espèce nouvelle: l’homme.
La spéciation est un fait scientifique ignoré par les auteurs de cet article.
De plus, les lois scientifiques de l’hérédité, qui ont été dégagés par Mendel, établissent qu’une mutation ne peut se transmettre que si elle entraine une variation au niveau des “gènes”.
Ici les auteurs touchent quelque chose: Darwin ne connaissant pas l’ADN. Normal, ce n’était pas encore découvert à l’époque. Les travaux de Mendel ont été déterrés post-hoc, une fois la génétique bien établie.
Tags: Darwin, Lamarck, Larousse de la philosophie
Category: imposture
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