Les créationnistes sont tellement punks!
De vrais petits Sid Vicious, toujours à trouver une nouvelle manière de contester l’autorité.
Voyez un peu ce qui se produit actuellement. Nos amis du Discovery Institute (Disco pour les intimes) viennent de publier une brochure s’adressant aux profs dans laquelle ils les incitent à “enseigner la controverse” (autrement dit, introduire le créationnisme dans le plan de cours). Sous le couvert de vouloir enseigner qu’il existe une controverse entourant le créationnisme, le document encourage les profs à enseigner cette doctrine religieuse comme étant une théorie scientifique valide. Et ce malgré l’illégalité de la chose.
Or s’il y a une chose à dire au sujet du créationnisme, c’est ceci: ce n’est pas de la science. Ça aurait beau être l’explication réelle de la diversité des espèces, ça ne serait pas plus de la science. Donc il n’y a aucune raison de l’enseigner à titre de science. Peut-être dans un cours d’histoire des sciences, avec la théorie phlogistique, ou en philosophie, lorsqu’il est question des types discours (le mythe, la philo, la science, etc.) Mais ce n’est pas de la science (on ne le dit jamais assez.)
Ça ne s’arrête pas là: Le Disco pousse l’audace jusqu’à affirmer que c’est plutôt de poser un jugement de non-scientificité sur le créationnisme qui dépasse le rôle de l’enseignant. Voilà qu’ils inversent la charge (« c’est pas moi, c’est l’autre! », de grands enfants nos amis du Disco.) Leur argument est simple: affirmer que le créationnisme est une doctrine religieuse revient à émettre un jugement concernant la théologie, or ce genre de jugement dépasse le cadre permis par l’éducation laïque.
D’une stupidité évidente, cet argument pourrait être employé pour justifier l’enseignement des doctrines de Raël (c’est de la science, notre potre-parole est une ancienne scientifique!), de la scientologie (c’est de la science, on a un E-meter!) et j’en passe. Le pire est que ce sophisme a été aperçu déjà dans les journaux, lorsqu’il était question d’écoles privées religieuses il y a quelques mois. Je vous recopie un exemple tiré du Devoir*:
« Ce qu’on enseigne c’est que cette théorie est expliquée par les scientifiques comme quelque chose qu’on devrait croire, alors que nous, on la présente plutôt comme étant une théorie parmi tant d’autres. On a des invités qui viennent enseigner la théorie du créationnisme et qui démontrent qu’il y a des raisons scientifiques d’y croire…» (Nous dit Éric Lanthier, directeur de l’Académie Chrétienne de la Rive-Nord)
Bien entendu, monsieur Lanthier. Moi aussi je suis le premier à défendre l’enseignement de théories concurrentes en classe: rien de tel pour stimuler la réflexion des étudiants. Il faut aussi dire que mon domaine est la philo, on est assez loin du protocole scientifique qui encadre la recherche en biologie. Mon but est d’amener le questionnement par l’opposition de deux visions philosophiques concernant un sujet particulier. (Par exemple, Nietzsche et Aristote concernant l’amitié.)
De même dans un cours de science on s’attend à ce que soit opposées (s’il y a lieux) des visions scientifiques concernant un sujet particulier, comme la théorie corpusculaire versus théorie ondulatoire de la lumière. Et non pas, sur un même pied, la théorie atomique versus la théorie des monades de Leibniz, sacrebleu!
Morale de cette histoire: toute idée est digne d’être examinée critiquement. Mais toute idée ne se vaut pas.
* Non seulement ça fait intello de citer le Devoir, mais je peux me vanter d’avoir été une des sources de cet article. On rigole plus.
Tags: écoles religieuses, créationnisme, Discovery Institute
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