Débat, premier message de G. Loignon
Bonjour à tous,
Salutations à Stefan, à messieurs les arbitres et tous ceux qui liront ce débat. Je voudrais exposer ici l’argumentaire que je compte employer dans l’échange qui suivra, tout en exposant brièvement mon point de vue.
Rappelons que la question du débat est « Si Dieu n’existe pas, le bien et le mal peuvent-il exister? » La position que je défendrai est que l’existence d’un être transcendant créateur du monde n’a aucune incidence sur l’existence du bien et du mal, bien que la croyance en un tel être puisse influencer le jugement des agents moraux dans un sens ou dans l’autre. Autrement dit, ce qui est bien ou mal l’est indépendamment de l’existence de Dieu et, même chez les croyants, la catégorisation d’actes humains en termes de « bien » et de « mal » est indépendante du fait qu’un dieu existe – ou non.
Je démontrerai également que l’association fréquente de la moralité à la religion est purement contingente. Nous verrons quelles sont les raisons réelles expliquant pourquoi religion et moralité sont souvent aperçues ensemble, et à quel point le climat socio-culturel (par opposition à un Législateur divin) influence l’élaboration et la modification subséquente d’une morale religieuse.
Loin de moi toutefois l’idée d’avancer une morale arbitraire, subjective ou relativiste. J’estime qu’il y a des actes moraux corrects et d’autres incorrects, le plus souvent désignés par les étiquettes « bien » et « mal ». Ainsi, j’argumenterai qu’à partir de nos intuitions morales, nous pouvons nous donner (en société) des règles de conduite maximisant le bien-être et minimisant la souffrance et la discorde. Par l’étude empirique et philosophique de l’être humain, de ses besoins et de sa constitution, il est possible d’améliorer cet ensemble de règles et de rendre notre éthique plus universelle.
J’afficherai donc ouvertement une confiance dans la raison humaine, moteur capable d’améliorer nos codes moraux. Sans considérer l’origine des lois, des codes et des règles, il reste qu’en derniers lieux les jugements moraux sont exercés par des êtres doués de raison. C’est donc notre autonomie de raisonnement, et non notre adhésion à des dogmes, qui nous rend des êtres capables de morale: la morale concerne les humains, et non des anges et des fantômes.
J’irai un pas plus loin: la moralité concerne des situations concrètes de la vie humaine, par opposition aux notions transcendantes qu’impliquent les religions. Par exemple, qu’est-ce que voler le bien du voisin? C’est s’emparer d’un objet qui est reconnu comme appartenant au voisin, et ce sans l’accord de celui-ci. Dieu, les anges, les esprits n’interviennent nulle part dans ce raisonnement. En fait, même les liens supposés entre la moralité et le divin concernent en réalité des choses bien terre-à-terre. Ainsi, telle congrégation est persuadée que le mauvais temps a été causé par le blasphème commis par Machin, telle autre religion croit que le sida est causé par le « péché d’homosexualité », et ainsi de suite. L’appel au religieux vise alors à expliquer ce qui est mystérieux, rare ou étonnant.
C’est donc par ignorance que l’on a au départ associé moralité et religion, et ce lien a perduré comme vestige, bien que l’on possède aujourd’hui un grand nombre des explications que l’on cherchait autrefois. En approfondissant les points abordés plus haut, nous aurons l’occasion de voir que je ne prêche pas le retrait de Dieu des affaires morales, mais que je constate que Dieu n’y a jamais réellement pris part.
Cordialement,
Guillaume
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