Le fascisme, c’est aussi Mes Aïeux!
Qu’est-ce que le fascisme?
Historiquement, le fascisme désignait la position de la droite catholique en Italie dans années 20. Le terme renvoie au latin fasces, un ensemble de barres solidement liées ensembles au bout duquel se trouve un fer de hache. L’idée ici est que la société (le “nous”), par sa grande cohésion, pourra vaincre ses ennemis (les “autres”).
Se développe alors un fort sentiment nationaliste très “familial”, où bien entendu le leader est une figure tout à fait paternelle. Cette famille-État vaut plus que l’individu, dont on se permettra de violer les droits “pour son propre bien”. Après tout, Papa a raison!
Une bonne manière d’introduire des idées fascisante est de faire référence à un passé glorieux (réel ou fictif) où tout allait mieux. Il suffit de prendre quelques problèmes actuels, comme l’économie ou l’identité culturelle, et de montrer qu’avant que les “autres” n’arrivent, tout allait beaucoup mieux. En montrant à quel point la société actuelle est dégénérée, on pourra inciter la collectivité à espérer un retour à ces “bonnes vieilles valeurs”, qui sont en réalité les valeurs du Parti.
J’en arrive à une chanson populaire dont le fascisme est tout à fait évident, au point qu’elle est grandement appréciée des groupuscules d’extrème-droite. J’ai nommé: Dégénération, du groupe Mes Aïeux. En étudiant les paroles, on constate rapidement à quel point tout concorde avec la description du fascisme faite plus haut.
D’abord, le passé glorieux comparé à l’état actuel (”dégénéré”):
Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l’a vendue pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p’tit gars, tu l’sais pus c’que tu vas faire
Dans ton p’tit trois et demi bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d’avoir ton petit lopin de terre
Puis on justifie le renoncement aux droits et libertés fondamentales en faisant encore appel à ce glorieux passé fictif. Ainsi les femmes servent à faire des bébés. C’est dans leur nature, et si elles n’ont pas un paquet d’enfants, elles ont raté leur vie:
Ton arrière-arrière-grand-mère, elle a eu quatorze enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c’tait suffisant
Pis ta mère en voulait pas ; toi t’étais un accidentEt pis toi, ma p’tite fille, tu changes de partenaire tout l’temps
Quand tu fais des conneries, tu t’en sauves en avortant
Mais y’a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d’une grande table entourée d’enfants
Le tout prend la forme d’une chanson “traditionnelle” québécoise, ce qui laisse entendre que ces propos fascisants correspondent à nos valeurs. Mes aieux sont des imposteurs. Le message de la chanson n’a rien de traditionnel. C’est plutôt le même refrain que nous servent les Front national, les fondamentalistes et intégristes de tout acabit, mais emballé dans une musique québécoise d’allure inoffensive. C’est rétrograde, c’est dégueulasse. Entre ça et des Pouliches Magiques, je prends les pouliches n’importe quand.
Et… Foglia aussi trouve que c’est une nuisance, cette chanson.
Category: actualité, imposture, philo Add this post to Del.icio.us - Digg
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