dechamplain - the material soul

Jeffrey Schwartz, suite

27 of oct, 2008 at 15:27

Depuis la lecture de l’article dans New Scientist (voir message précédent) j’ai souvent repensé à l’argument de Schwartz. 

Je réalise que j’ai vraiment du mal à m’imaginer ce que pourrait être un dualisme (ou quoi que ce soit d’autre qu’un monisme matérialiste). J’ai tenté de me le représenter mentalement, mais j’ai beau me concentrer je n’y arrive pas.

J’ai aussi essayé, devant un miroir, de m’imaginer mon corps comme une entité autre que moi. Sans succès. En fait, j’arrive à la conclusion inverse. 

En me fixant moi-même dans les yeux, j’arrive à avoir une espèce de sensation de détachement. Lorsque je bouge la tête, les yeux dans la glace continuent à me fixer. C’est fascinant, et même si je m’amuse à faire ça depuis plus de 20 ans je continue à avoir cette sensation inquiétante.

J’ai lu sur ces patients qui considèrent certaines parties de leur corps comme étant un morceau de viande ne leur appartenant pas réellement. Je suppose qu’un dualiste a cette impression envers l’ensemble de son “enveloppe charnelle terrestre”. Moi, suite à cette expérience devant le mirroir, j’ai l’impression que tout mon être m’est étranger.

Lors de cette petite méditation, à force de fixer, je constate que la personne que je vois m’est étrangère. Comme disait Rimbaud: “je est un autre”*.

J’ai alors l’impression que mon “je” n’est pas réel, que “je” est étranger à la fois à mon corps et à mon esprit (”mind”). Autrement dit, j’ai la sensation que ma conscience elle-même n’est pas moi, mais qu’elle est engendrée par cette machinerie que je vois dans la glace. Bref, que l’Ego est une propriété émergente. Exactement ce qu’affirment les MICHANTS matérialistes que dénoncent à leur façon Beauregard, Schwartz et cie.

Si un robot sophistiqué atteignait le point où il a une conscience de lui-même, il aurait probablement la même impression vertigineuse… celle de ne pas exister réellement, du moins pas selon la conception dualiste.

*(C’est peut-être l’interprétation la moins littéraire que vous ne lirez jamais de ce bout de phrase, mais je m’en tape pas mal!) 

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Mario Beauregard, Jeffrey Schwartz et Bill Dembski entrent dans un bar…

25 of oct, 2008 at 8:56

Dans le New Scientist, on peut lire que Mario Beauregard, prof à l’U de M en neuromachin, est maintenant officiellement lié avec le Discovery Institute. Beauregard, après son étude plus ou moins ratée avec les Carmélites, a publié avec la Denyse O’Leary un ouvrage délirant où ils tentent de défendre le dualisme à grand coup d’arguments béton, du genre “Dan Dennett ressemble à Darwin.” AHREEEU AHREEEU! 

 Beauregard remet ça, cette fois avec Bill Dembski et Jeffrey Schwartz. Ce dernier a déjà un argument solide pour son livre: il a montré à des sujets un IRMf de leur propre cerveau. Comme ça, en live. Et c’est censé prouver le dualisme? On peut comprendre que deux niveaux de phénomène sont créés par l’expérience: le cerveau du sujet et l’image du cerveau du sujet. Mais ça ne veut pas dire que le dualisme est vrai.

En fait, j’ignore combien il y a de manières de réfuter cette allégation, mais en voici quelques unes:

  • Si je me regarde dans le mirroir, est-ce que je viens de prouver le dualisme? (Après tout, il y a le Moi réel et le Moi dans le mirroir…)
  • Schwartz a, tout au plus, démontré que ses sujets ont des processus cognitifs. Quant le cerveau s’active, ça se voit sur l’IRMf. C’est justement le but de cette technique d’imagerie.
  • Si je filme l’intérieur de mon ordi avec ma webcam, est-ce que ça veut dire que l’ordi a une âme?
  • On se tue à leur dire que esprit = cerveau, cerveau = esprit (au sens de “mind”). Si l’esprit travaille, le cerveau travaille. Ce n’est pas une preuve du dualisme, mais du monisme.
  • Logiquement, Schwartz ne démontre pas le dualisme, mais… l’infinialisme. Si je scan mon cerveau en action et que je le regarde ne live, je crée un loop infini car mon observation va influer sur mes processus mentaux, lesquels sont scannés par l’IRMf, affichés sur le moniteur, ce qui influence mes processue mentaux, et ainsi de suite à l’infini.

Je peux répliquer l’expérience de Schwartz par la technique de biofeedback la plus simple qui soit: observer ses propres mouvements corporels. Tiens, je viens de faire une erreur typographique. Je regarde mon doigt et m’assure qu’il appuiera sur la bonne touche cette fois. Il n’y a pas d’âme dans mon doigt. C’est mon doigt! On devine déjà de quel doigt il s’agit… et vers qui je le hisse fièrement. 

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Cosmides en 1983

7 of oct, 2008 at 17:25

En 1983, Leda Cosmides nous publie son second article (pdf) en carrière, le premier explicitement sur la psychoévo. Comme elle défend sa thèse en 1985, j’en déduis qu’en 83 elle est en train de faire son PhD en sciences cognitives, après avoir complété un bac en biologie en 1979.

L’article a un bon fond (mon résumé ici). Cosmides se penche sur une possible universalité de la prosodie (en gros, l’intonation quand on parle) et tente de vérifier ça par une expérience.

L’expérience en question est assez simple. On fait lire à une dizaine de volontaires (des étudiants paumés) une série de phrase avec un contexte émotif différent. Chacunes des phrases contient les mots “I’ll do it” (j’vais le faire). Cosmides enregistre ce segment et compare les “I’ll do it” contents, fâchés, tristes, etc, de chacun des volontaires.

Les résultats sont concluants. La prosodie des sujets semble corresponde à un certain pattern. Un peu comme dans le film Taxi Driver, les sujets mettent parfois l’emphase sur le I’ll, parfois sur le do, et parfois sur le it. Mais c’est surtout la fréquence (la hauteur du son, aigu ou grave) qui est constante. Les étudiants, selon le contexte émotif de la phrase, haussent le ton au même endroit et mettent l’emphase sur les mêmes mots.

Cosmides interpète ces résultats comme la preuve d’une origine évolutive de la prosodie. Son raisonnement va comme suit. (1) Si les sujets emploient la même prosodie dans le même contexte émotionnel, c’est que la prosodie sert à moduler le son de la phrase afin de mieux communiquer l’intention de l’émetteur. (2) Si chacun avait sa propre prosodie, alors personne ne comprendrait l’intention de l’autre quand il nous parle. Ça ruinerait toute l’utilité de la prosodie énoncée au point #1. (3) Donc la prosodie est universelle, et a une origine évolutive.

Ça a l’air super brillant comme ça, mais considérons le même raisonnement un peu modifié: (1) Le langage sert à communiquer. (2) Si on ne se comprend pas alors le langage ne sert à rien. Or, on vient de dire qu’il sert à communiquer. (3) Donc tout le monde parle anglais. Le reste n’est que du bruit.

On voit bien que l’expérience de Cosmides, faite sur un échantillon très limité, ne suffit pas pour démontrer ce qu’elle prétend. Le N est trop petit pour généraliser à toute la population, et le raisonnement en tant que tel laisse à désirer.

Mais c’était déjà un grand pas. Dans les années 80, Cosmides aura amplement le temps de raffiner sa théorie, qui est encore débattue aujourd’hui.

Et puis, reste qu’elle a publié ça à 26 ans, alors que moi je fais des playlists d’automne…

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Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement l'évolution des émotions selon Tooby et Cosmides.