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Le Larousse de la philo de 1964: D- en biologie

8 of nov, 2008 at 11:07

J’ai mis la main sur un Larousse de la philo, édition de 1964. À l’article “hérédité”, on peut lire:

 L’immense majorité des faits de l’hérédité ont été connus et expliqués par les lois de Mendel (…) 

Non. Les “lois” de Mendel se sont avérées être une bonne piste, tout au plus. Il y a un paquet d’exceptions à ces lois. L’hérédité s’explique par la génétique. L’article du Larousse ne parle pas du tout de l’ADN.On recule de quelques pages pour constater une bêtise bien plus grave: l’article “darwinisme”. Un premier extrait:

…à bord du Beagle, il visita l’Amérique du Sud et les îles du Pacifique (…); il observa les variations des espèces animales, et se convainquit que ces dernières peuvent évoluer en ce transformant. [emphase déjà dans le texte]  

En se transformant! L’article confond d’emblée Darwin et Lamarck, alors que quelques lignes plus bas ils mettent pourtant au clair la différence entre les deux (du moins, ils essaient):

[L]’homme aussi bien pourrait donc descendre du singe, hypothèse qui fit d’abord scandale, bien qu’elle ait été mise en avant déjà par Francis Lamark. Leur doctrine commune, le transformisme, présente une différence sur un point essentiel: chez Darwin, c’est le milieu qui sélectionne en supprimant, tandis que chez Lamarck le milieu sélectionne en transformant les organismes; c’est la théorie de la “sélection naturelle”.

L’homme ne descend pas du singe. Darwin n’a jamais dit ça. L’homme a un ancêtre commun avec le singe, c’est différent. Par ailleurs, l’article confond sélection des spécimens et sélection des traits. La sélection naturelle et le transformisme, c’est deux choses. L’article tombe ensuite dans une autre erreur cliché:

La “sélection naturelle” entraine donc la survivance des plus forts, c’est-à-dire, au fond, des plus aptes à se défendre à la fois contre les autres organismes, contre la rigueur des climats et contre les difficultés de nourriture. 

Pas un mot sur la capacité à se reproduire. Finalement, on tombe dans la réécriture catholicisante de l’histoire (de l’histoire en cours, qui plus est):

Le néo-darwinisme et l’évolutionnisme moderne reconnaissent un parallélisme dans l’évolution des espèces: par exemple, l’espèce “singe” peut évoluer, mais ne donnera jamais qu’un singe, et non une espèce nouvelle: l’homme. 

La spéciation est un fait scientifique ignoré par les auteurs de cet article. 

De plus, les lois scientifiques de l’hérédité, qui ont été dégagés par Mendel, établissent qu’une mutation ne peut se transmettre que si elle entraine une variation au niveau des “gènes”. 

Ici les auteurs touchent quelque chose: Darwin ne connaissant pas l’ADN. Normal, ce n’était pas encore découvert à l’époque. Les travaux de Mendel ont été déterrés post-hoc, une fois la génétique bien établie.

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Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement l'évolution des émotions selon Tooby et Cosmides.