dechamplain - the material soul

Happy-go-lucky

22 of Dec, 2008 at 11:52

C’est à croire qu’il faudrait tous être des êtres ténébreux rongés par l’angoisse existentielle. Ou peut-être de froids scientifiques convaincus que tout est réductible à des processus électro-chimiques dans le cerveau? Dans les deux cas, on constate le néant total qu’est l’existence. La solution est peut-être dans les environs de la bouteille de scotch, des rencontres sans lendemain et des cigarettes à la chaine, baumes venant apaiser l’anxiété résultant de notre coup d’oeil furtif dans le néant. D’une manière ou d’une autre, le bonheur est illusoire. Ceux qui ne sont pas d’accord, dira ce ténébreux philosophe, ne se sont pas posés les Vrais Questions ™, du genre “quel est le sens de l’existence”, “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien”, etc.

Entre en scène Poppy, personnage principal d’un récent film de Mike Leigh, Happy-go-lucky.Poppy est une institutrice londonaise qui ne perd jamais sa bonne humeur. Humour britishà l’appui, elle réussit à rendre drôle n’importe quelle situation. Après quelques minutes de ce régime intensif de bonheur, on se demande si Poppy s’est posé les Vrais Questions. Son bonheur, certainement, ne peut être qu’illusoire. Il doit y avoir un vide dans sa vie, etc. Mais non! On réalise plus tard que Poppy s’est effectivement posé toutes sortes de questions. Ça ne l’empêche pas d’être heureuse, pas le moins du monde.

Je zappe vers mon vrai sujet: A brief tour of humain consciousness, de V.S. Ramachandran.

Ramachandran est un neurologue d’origine indienne. Il est devenu populaire principalement par ses études sur les “membres fantômes” et sur la synesthésie. Ce qui m’a frappé le plus en lisant A brief tourest que Ramachandran ne se base pas sur nos habituels stéréotypes occidentaux. Il ne va pas, par exemple, employer des exemples tirés de la mythologie grecque. C’est plutôt dans l’hindouisme et dans la pensée orientale qu’il tire ses métaphores.

Du coup, il me semble que Ramachandran n’a aucun problème avec le réductionnisme en psychologie. Ça ne l’embête pas, sur le plan métaphysique, d’affirmer que nous n’avons pas d’âme, que notre conscience est ”juste” le sous-produit de réactions chimiques dans le cerveau, etc. En fait, il trouve ça beaucoup plus beau, plus authentique, plus… spirituel.

Comprendre le fonctionnement de notre cerveau n’enlève pas toute la beauté du monde, au contraire. Ramachandran avance même que les artistes ont toujours, sans vraiment s’en rendre compte, comptés sur certaines particularités du cerveau humain. Mieux comprendre le cerveau permettrait ainsi de mieux apprécier l’art.

Certains s’imaginent que le réductionnisme enlève la beauté du monde et ne peut que mener au nihilisme. En lisant V.S. Ramachandran, on se demande si ce point de vue ne serait pas un préjugé occidental. Dans la même lignée, la psychologue et auteur Susan Blackmoore a déjà affirmé que, lorsqu’elle a réalisé que sa conscience est un sous-produit du cerveau, elle a ressenti un grand soulagement. Elle considère être beaucoup plus heureuse depuis.

Quand on lit les textes de Blackmoore, on découvre une femme qui a beaucoup expérimenté avec diverses formes de spiritualité (les drogues et la méditation zen, principalement). On ne pourrait pas vraiment dire qu’il lui “manque quelque chose” dans la vie, ou qu’elle ne s’est pas posé les Vraies Questions ™. Au contraire.

C’est peut-être ceux qui postulent un monde-derrière-le-monde, une âme, une transcendance, c’est peut-être ceux-là qui ont un problème avec le bonheur.

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Zombie philosophique

Je suis finissant à la maitrise en philosophie. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation.