25 of Oct, 2008 at 8:56
Dans le New Scientist, on peut lire que Mario Beauregard, prof à l’U de M en neuromachin, est maintenant officiellement lié avec le Discovery Institute. Beauregard, après son étude plus ou moins ratée avec les Carmélites, a publié avec la Denyse O’Leary un ouvrage délirant où ils tentent de défendre le dualisme à grand coup d’arguments béton, du genre “Dan Dennett ressemble à Darwin.” AHREEEU AHREEEU!
Beauregard remet ça, cette fois avec Bill Dembski et Jeffrey Schwartz. Ce dernier a déjà un argument solide pour son livre: il a montré à des sujets un IRMf de leur propre cerveau. Comme ça, en live. Et c’est censé prouver le dualisme? On peut comprendre que deux niveaux de phénomène sont créés par l’expérience: le cerveau du sujet et l’image du cerveau du sujet. Mais ça ne veut pas dire que le dualisme est vrai.
En fait, j’ignore combien il y a de manières de réfuter cette allégation, mais en voici quelques unes:
- Si je me regarde dans le mirroir, est-ce que je viens de prouver le dualisme? (Après tout, il y a le Moi réel et le Moi dans le mirroir…)
- Schwartz a, tout au plus, démontré que ses sujets ont des processus cognitifs. Quant le cerveau s’active, ça se voit sur l’IRMf. C’est justement le but de cette technique d’imagerie.
- Si je filme l’intérieur de mon ordi avec ma webcam, est-ce que ça veut dire que l’ordi a une âme?
- On se tue à leur dire que esprit = cerveau, cerveau = esprit (au sens de “mind”). Si l’esprit travaille, le cerveau travaille. Ce n’est pas une preuve du dualisme, mais du monisme.
- Logiquement, Schwartz ne démontre pas le dualisme, mais… l’infinialisme. Si je scan mon cerveau en action et que je le regarde ne live, je crée un loop infini car mon observation va influer sur mes processus mentaux, lesquels sont scannés par l’IRMf, affichés sur le moniteur, ce qui influence mes processue mentaux, et ainsi de suite à l’infini.
Je peux répliquer l’expérience de Schwartz par la technique de biofeedback la plus simple qui soit: observer ses propres mouvements corporels. Tiens, je viens de faire une erreur typographique. Je regarde mon doigt et m’assure qu’il appuiera sur la bonne touche cette fois. Il n’y a pas d’âme dans mon doigt. C’est mon doigt! On devine déjà de quel doigt il s’agit… et vers qui je le hisse fièrement.
Tags: biofeedback, dualisme, Jeffrey Schwartz, Mario Beauregard
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6 of Aug, 2008 at 10:15
En suivant de près plusieurs débats entourant la laïcité, on réalise rapidement que dans l’esprit des zozos, il y a de multiples angoisses qui sont souvent apaisées en projetant sur autrui ces caractéristiques dérangeantes. Aussi un débat portant, par exemple, sur la prière avant les assemblées municipales (quelques chose considéré comme douteux même par des théologiens) se ramène-t-il à des accusations d’athéisme à l’endroit de ceux qui s’y opposent. Dans le cas du cours d’ÉCR, on se fait dire qu’il est normal d’être en faveur du programme, puisqu’il s’agit d’un programme essentiellement athée, anti-religieux, etc. En ce qui concerne l’enseignement de la théorie de l’évolution, les écoles fautives (qui enseignent le créationnisme) protestent: il est inacceptable qu’une théorie soit exclusive, cela va contre la démarche scientifique, etc.
Cette pratique est assez malsaine. Pourquoi tout ramener à l’athéisme? Ne peut-on pas simplement discuter sans faire de procès d’intention? En fait, j’ai souvent remarqué que mes interlocuteurs dissimulaient leurs propres travers en me prêtant des intentions similaires. De leur côté, les fondamentalistes agissent pour et par la religion, et assument, ne connaissant rien d’autre, que nous en faisons autant. Je propose ici d’examiner ce genre d’affirmations en terme de projection. J’espère ici mettre à nu un pan du discours zozo et permettre de mieux traduire leur double discours.
Commençons avec la prière dans les assemblées municipales. Les zozos affirment que l’éliminer serait contre la laïcité, puisque ce serait imposer l’athéisme. Il faut comprendre: “nous voulons imposer le catholicisme, et avons peur que vous fassiez la même chose avec l’athéisme.”
Le cours d’ÉCR maintenant. Même principe, les zozos craignent qu’on endoctrine leurs enfants. Ce qu’ils pensent est plutôt ceci: “Nous voulons imposer notre religion.”
Enseignement du créationnisme: on nous dit “vous ne pouvez imposer l’évolution comme seule théorie”, on veut plutôt dire “nous voulons imposer le créationnisme comme seule théorie”. Dans la même veine, on nous dit que les évolutionnistes veulent imposer l’athéisme (faux, en témoignent moult évolutionnistes croyants) afin de cacher que les créationnistes veulent imposer leur religion.
On nous dit que sans catholicisme il n’y aurait pas de moralité au Québec. On veut plutôt dire “nous ne pouvons souffrir de vous voir agir moralement sans recours à la religion catholique, cessez de mettre en exergue notre faiblesse de caractère!”
Finalement, on pourra toujours répondre à cet article que je suis “ignorant.” Il faudra comprendre ”j’ignore les fondements de ma propre religion, je tente de maintenir le débat dans le domaine de l’athéisme afin de cacher cette ignorance.”
C’est drôle, car c’est méchant mais vrai.
Tags: athéisme, catholicisme, morale
Category: actualité, imposture
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3 of Jun, 2008 at 23:39
Pas bête, ce Bock-Côté. Dans le Devoir du week-end dernier, il avance que Taylor-Bouchard sont de joyeux élitistes qui souhaitent préparer l’esprit québécois (qui est si faible à force d’écouter TVA, souvenons-nous de la bévue de Bouchard…) au multiculturalisme. On efface notre identité, on la prépare à recevoir la grosse bouille relativiste que chouchoute la nouvelle gauche, via:
campagnes de «sensibilisation à la diversité» ou «d’éducation à la différence» qui sont supposées transformer la conscience nationale pour mieux la disposer envers la société multiculturelle, pour «conscientiser» la société aux bienfaits idéologiques de sa fragmentation identitaire, pour lui permettre «d’intérioriser» la philosophie pluraliste.
Le citoyen idéal n’est plus l’homme nouveau des Lumières, ni un übermensch nietzschéen… c’est un homme qui reçoit entièrement sa culture des institutions. C’est un humain malléable à l’infini, prêt à être un bon citoyen travaillant. Bock-Côté, lui, est assez loin de cet idéal de bonasserie. Il accuse la Commission T-B de vouloir “fabriquer un nouveau peuple” dans une expérience sociologique à grande échelle, véritable “camp de réforme.”
Dans la même gamme, Jean-Jacques Tremblay (qui est-ce? mais bon) écrit dans Point de Bascule:
Le projet politique contenu dans le rapport Bouchard-Taylor incarne la vision d’un Québec ouvert car insignifiant, d’une société harmonieuse car informe et insipide, d’un citoyen ouvert d’esprit car incapable de juger, et surtout d’un avenir collectif qui en dernière instance ne sera l’avenir de rien ni de personne.
Qu’adviendra-t-il des contestataires? Nécessairement, contester c’est aller à l’envers du modèle rêvé par la CT-B. Donc, c’est mal. Nos commissaires préférés se sont déjà dotés de mesures spéciales afin de faire taire la dissidence en associant opposition au multiculturalisme et discrimination raciale. Ainsi, le texte que vous lisez est nécessairement raciste (selon le rapport T-B). En contrôlant le politiquement correct, on contrôle ce qui ne se dit pas, et donc ce qui doit être considéré comme vrai. Le fait que le gros de la population s’oppose à tout ça ne nuit pas au projet de T-B, au contraire. Ils disqualifient ainsi l’opinion de la populace, du vulgus:
en criminalisant à la fois ses comportements, ses attitudes et ses aspirations s’incarne aujourd’hui dans le politiquement correct, qui sert principalement de dispositif idéologique pour censurer toutes les manifestations du monde contre lequel se construit le multiculturalisme
Le mot fascisme ne se trouve pas dans l’article de Bock-Côté, mais dans les grandes lignes on voit que la commission T-B a remplacé le “nous les québécois” par “nous ceuze là qui décident ce que vous devez penser, pis si vous êtes pas contents, vous êtes jusse des racisses!” Mieux exprimé:
La chose devait désormais être reconnue: rien n’est plus intolérant qu’une philosophie qui réclame pour elle seule le monopole de la tolérance. Derrière les grands appels au pluralisme intégral, c’est une vieille tentation qui se dévoile sous une allure neuve. Une nouvelle tentation totalitaire.
C’est pas des blagues: une tentation totalitaire!
Autre extrait savoureux, chez Jean-Jacques Tremblay cette fois:
Ce à quoi [Taylor et Bouchard ]aspirent du plus profond de leur âme, c’est d’offrir à une nouvelle race d’intellectuels-chercheurs et d’ingénieurs sociaux patentés un rôle sociétal enfin grandiose, et de donner ainsi sens à la vie d’une caste de crétins instruits.
Category: actualité, philo
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23 of Jan, 2008 at 15:19
Qu’est-ce que le fascisme?
Historiquement, le fascisme désignait la position de la droite catholique en Italie dans années 20. Le terme renvoie au latin fasces, un ensemble de barres solidement liées ensembles au bout duquel se trouve un fer de hache. L’idée ici est que la société (le “nous”), par sa grande cohésion, pourra vaincre ses ennemis (les “autres”).
Se développe alors un fort sentiment nationaliste très “familial”, où bien entendu le leader est une figure tout à fait paternelle. Cette famille-État vaut plus que l’individu, dont on se permettra de violer les droits “pour son propre bien”. Après tout, Papa a raison!
Une bonne manière d’introduire des idées fascisante est de faire référence à un passé glorieux (réel ou fictif) où tout allait mieux. Il suffit de prendre quelques problèmes actuels, comme l’économie ou l’identité culturelle, et de montrer qu’avant que les “autres” n’arrivent, tout allait beaucoup mieux. En montrant à quel point la société actuelle est dégénérée, on pourra inciter la collectivité à espérer un retour à ces “bonnes vieilles valeurs”, qui sont en réalité les valeurs du Parti.
J’en arrive à une chanson populaire dont le fascisme est tout à fait évident, au point qu’elle est grandement appréciée des groupuscules d’extrème-droite. J’ai nommé: Dégénération, du groupe Mes Aïeux. En étudiant les paroles, on constate rapidement à quel point tout concorde avec la description du fascisme faite plus haut.
D’abord, le passé glorieux comparé à l’état actuel (”dégénéré”):
Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l’a vendue pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p’tit gars, tu l’sais pus c’que tu vas faire
Dans ton p’tit trois et demi bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d’avoir ton petit lopin de terre
Puis on justifie le renoncement aux droits et libertés fondamentales en faisant encore appel à ce glorieux passé fictif. Ainsi les femmes servent à faire des bébés. C’est dans leur nature, et si elles n’ont pas un paquet d’enfants, elles ont raté leur vie:
Ton arrière-arrière-grand-mère, elle a eu quatorze enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c’tait suffisant
Pis ta mère en voulait pas ; toi t’étais un accident
Et pis toi, ma p’tite fille, tu changes de partenaire tout l’temps
Quand tu fais des conneries, tu t’en sauves en avortant
Mais y’a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d’une grande table entourée d’enfants
Le tout prend la forme d’une chanson “traditionnelle” québécoise, ce qui laisse entendre que ces propos fascisants correspondent à nos valeurs. Mes aieux sont des imposteurs. Le message de la chanson n’a rien de traditionnel. C’est plutôt le même refrain que nous servent les Front national, les fondamentalistes et intégristes de tout acabit, mais emballé dans une musique québécoise d’allure inoffensive. C’est rétrograde, c’est dégueulasse. Entre ça et des Pouliches Magiques, je prends les pouliches n’importe quand.
Et… Foglia aussi trouve que c’est une nuisance, cette chanson.
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15 of Dec, 2007 at 11:12
Il y a deux jours j’écrivais “cours de culture religieuse: Dumont ment, et il le sait“.
Dans la Presse d’aujourd’hui André Pratte signe un article intitulé ”Dumont ment”.
Les deux textes portent sur la démagogie dumontesque concernant le cours d’éthique et culture religieuse. J’affirmais que Dumont “ment en connaissance de cause”, Pratte dit plutôt que:
“Le député de Rivière-du-Loup ignore donc sciemment les faits lorsqu’il laisse entendre que Noël et «la naissance de Guru Nanak» sont placées sur un pied d’égalité.”
Bref, son article est bien meilleur, mais je l’ai devancé quand même. Gnagnagna, lalalèreuh!
-GL
Tags: André Pratte, Éthique et Culture Religieuse, Mario Dumont
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