dechamplain - the material soul

Débat, première intervention de S. Jetchick

10 of jan, 2008 at 22:18

[Pour un affichage plus élégant, voir le message sur le site de Stefan Jetchick.]

Messires les Arbitres,
Distingués cyber-spectateurs,
Noble adversaire,Bonsoir!

J’ai un peu l’impression d’être assis sur mon cheval, avec mon armure et ma lance, et de voir Sire Guillaume crier «À l’attaque!» pour ensuite foncer dans les spectateurs!

Youhou, Guillaume, je suis ici! C’est moi qu’il faut attaquer!

;-)

(J’aime taquiner mes adversaires!)

Sérieusement, il y a des choses sur lesquelles nous sommes déjà d’accord, et qui en plus n’ont pas rapport au débat:

- Plusieurs religions sont cinglées.

- La morale naturelle existe, on peut la découvrir avec la raison, sans la Foi.

- Si le bien et le mal ne sont que des étiquettes collées sur des actes, par pure convention humaine, pas besoin de Dieu pour avoir du «bien» et du «mal».

- Ce que certaines personnes considèrent comme étant «bien» ou «mal» dépend de multiples facteurs bizarres

(coutumes ancestrales, taux d’alcoolémie, superstitions…)

- Etc.

Mais le sujet du débat est: «Si Dieu n’existe pas, le bien et le mal peuvent-ils exister?»

Il faut donc faire comme un magicien: d’abord montrer que le chapeau est bien vide (éliminer Dieu), pour ensuite en tirer un beau lapin (montrer que le bien et le mal continuent d’exister).

Plongeons donc dans un chapeau vide!

Pas de Dieu. Il n’y a que des atomes qui se foncent dedans, au hasard. Quelles combinaisons prennent-elles? Celles qu’elles prennent, au fil des années. C’est un peu comme l’odomètre d’une voiture qui change de numéro, kilomètre après kilomètre (mais sans toujours augmenter).

À un moment donné, un tas d’atomes forme la première cellule vivante. La vie est-elle «sacrée» pour autant? Non, pas de Dieu, pas de «sacré». Le numéro sur l’odomètre a changé, tout simplement.

Plus tard, des pattes poussent sur un poisson, et il sort de l’eau. Les autres poissons devraient-ils hurler: «Tricheur! Pas le droit d’avoir des pattes!» Non. Le numéro sur l’odomètre a changé, au gré des lois de la physique.

Ces lois sont-elle Dieu? Non. Elles sont. Vont-elles changer? Pourquoi pas?

Un jour, une sorte de singe se met à «réfléchir». Que dis-je!

Les atomes dans son cerveau se foncent dedans de manière à produire des courants électriques différents, dans ses neurones. Les singes normaux devraient-ils lui hurler: «Pas le droit de devenir libre et raisonnable!» Non. Le numéro sur l’odomètre a changé.

D’ailleurs, comment un tas d’atomes pourrait-il être «libre»? Le cerveau humain est tout simplement un tas d’atomes trop compliqué pour que nous puissions prévoir le comportement d’un individu (pour l’instant). L’homme est-il le «Sommet de l’Évolution»? Le concept de «sommet» n’a aucun sens. «L’Évolution» avec un grand «E» n’est pas un Dieu qui guide nos destinées. En fait, en se basant sur la biologie, il est plutôt probable que l’homme n’est qu’un numéro de l’odomètre, et que d’autres organismes surgiront (ou commencent déjà à surgir parmi nous). La distance entre notre «numéro» et leur «numéro» pourrait bien être plus grande que celle du poisson à pattes comparé au poisson sans pattes, ou de l’homme comparé au singe.

Faut-il lutter pour préserver l’humanité? La question n’a pas de sens. Nous allons agir, selon les chocs des atomes dans nos cerveaux. Cela va-t-il nous faire disparaître de la face de la Terre? Peut-être. Pourquoi pas? Les dinosaures ont bien disparu.

Le «bien» et le «mal» existent-ils? Si l’athée dit «Non» en public, ça pourrait nuire à sa carrière. Moins d’argent, moins de plaisir. Donc il dit «Oui». Qui va savoir qu’il ment? Dieu?

;-)

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Réponse point-par-point (facultative, pour les lecteurs zélés!)

En passant, Guillaume, on s’était mis d’accord sur 50 lignes, mais une «ligne» c’est un peu vague, alors j’essaie d’avoir environ le même nombre de mots que toi. (Ton premier courriel a environ 585 mots, la première partie du mien environ 575.)

>> La position que je défendrai est que
>> l’existence d’un être transcendant créateur du monde n’a aucune
>> incidence sur l’existence du bien et du mal […] Autrement dit,
>> ce qui est bien ou mal l’est indépendamment de l’existence de Dieu

Ah! D’entrée de jeu, une prise de position claire et virile!

Merci!

(Guillaume, tu devrais donner des cours de clarté et de virilité aux évêques catholiques du Québec!)

>> Je démontrerai également que l’association fréquente de la moralité à
>> la religion est purement contingente.

C’est sûr que tu peux prouver plus de choses que ce qu’on te demande. Mais si j’étais toi, je n’ambitionnerais pas trop. Déjà, juste pour définir correctement le mot «religion» dans ta phrase ci-dessus, tu aurais tout un mal de tête.

>> J’estime qu’il y a des actes moraux
>> corrects et d’autres incorrects, le plus souvent désignés par les
>> étiquettes «bien» et «mal».

Mais n’oublie pas que le but de notre débat n’est précisément pas sur n’importe quoi. (Sinon je vais mettre une étiquette«Prix de 1000$» sur n’importe quoi!)

>> nous pouvons nous donner (en société) des
>> règles de conduite maximisant le bien-être et minimisant la souffrance
>> et la discorde.

Concedo, mais à certaines conditions.

Exemples de ces conditions:

- Définir «bien-être» comme étant «secondairement le plaisir physique». (Si le plaisir physique est la seule règle de «bien» et de «mal», moi ça va me donner beaucoup de plaisir de garder mon 1000$!)

- Définir «nous donner en société» comme «constater tous ensemble l’existence d’une Loi naturelle qui existe indépendamment de nos conventions sociales».

- Etc.

>> Par l’étude empirique et philosophique de l’être
>> humain, de ses besoins et de sa constitution

Dit d’une autre façon, «Il serait mauvais de baigner un bébé dans l’acide sulfurique, à cause de la nature même du bébé.» En d’autres mots, comme le bien est ce qui convient, ce qui perfectionne un être, en étudiant rationnellement et philosophiquement l’être humain, on peut découvrir la morale naturelle.

Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!

(Sauf que s’il n’y a que des atomes qui se foncent dedans au hasard, le concept de «ce qui convient», de «perfection», s’évanouit.)

>> J’afficherai donc ouvertement une confiance dans la raison humaine

Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!

>> [ce n’est pas] notre adhésion à des
>> dogmes, qui nous rend des êtres capables de morale

Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!

>> la morale [ne concerne pas les] fantômes.

Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!

>> la morale [ne concerne pas] les anges.

Personne n’est d’accord avec ça, surtout pas le Pape!

Toi, tu as une raison et une volonté. Tu peux voir qu’un acte est bon avec ta raison, et librement décider d’agir bien ou mal.

Si on postule l’hypothèse d’un être doué de raison et de volonté, mais pas doué d’un corps matériel, cet être aurait, comme toi, tout ce qu’il faut pour agir moralement.

(Et oui, même le Pape est d’accord avec toi qu’en philosophie, on ne peut pas prouver l’existence des anges.)

>> qu’est-ce que voler le bien du voisin? […] Dieu, les
>> anges, les esprits n’interviennent [directement, prochainement]
>> nulle part dans ce raisonnement.

Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!

>> telle autre religion croit que le sida est causé par le
>> «péché d’homosexualité»

Ah oui? Laquelle? La religion catholique enseigne que le SIDA est causé par un rétrovirus:

“The etiologic agent of AIDS is HIV, which belongs to the family of human retroviruses and the subfamily of lentiviruses. […] Electron microscopy shows that the HIV virion is an icosahedral structure containing numerous external spikes formed by the two major envelope proteins, the external gp120 and the trans-membrane gp41.”

[Harrison’s Principles of Internal Medicine, 14th ed., p. 1792]

Tzigidou!

Stefan

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Débat, premier message de G. Loignon

9 of jan, 2008 at 21:35

Bonjour à tous,

Salutations à Stefan, à messieurs les arbitres et tous ceux qui liront ce débat. Je voudrais exposer ici l’argumentaire que je compte employer dans l’échange qui suivra, tout en exposant brièvement mon point de vue.

Rappelons que la question du débat est « Si Dieu n’existe pas, le bien et le mal peuvent-il exister? » La position que je défendrai est que l’existence d’un être transcendant créateur du monde n’a aucune incidence sur l’existence du bien et du mal, bien que la croyance en un tel être puisse influencer le jugement des agents moraux dans un sens ou dans l’autre. Autrement dit, ce qui est bien ou mal l’est indépendamment de l’existence de Dieu et, même chez les croyants, la catégorisation d’actes humains en termes de « bien » et de « mal » est indépendante du fait qu’un dieu existe – ou non.

Je démontrerai également que l’association fréquente de la moralité à la religion est purement contingente. Nous verrons quelles sont les raisons réelles expliquant pourquoi religion et moralité sont souvent aperçues ensemble, et à quel point le climat socio-culturel (par opposition à un Législateur divin) influence l’élaboration et la modification subséquente d’une morale religieuse.

Loin de moi toutefois l’idée d’avancer une morale arbitraire, subjective ou relativiste. J’estime qu’il y a des actes moraux corrects et d’autres incorrects, le plus souvent désignés par les étiquettes « bien » et « mal ». Ainsi, j’argumenterai qu’à partir de nos intuitions morales, nous pouvons nous donner (en société) des règles de conduite maximisant le bien-être et minimisant la souffrance et la discorde. Par l’étude empirique et philosophique de l’être humain, de ses besoins et de sa constitution, il est possible d’améliorer cet ensemble de règles et de rendre notre éthique plus universelle.

J’afficherai donc ouvertement une confiance dans la raison humaine, moteur capable d’améliorer nos codes moraux. Sans considérer l’origine des lois, des codes et des règles, il reste qu’en derniers lieux les jugements moraux sont exercés par des êtres doués de raison. C’est donc notre autonomie de raisonnement, et non notre adhésion à des dogmes, qui nous rend des êtres capables de morale: la morale concerne les humains, et non des anges et des fantômes.

J’irai un pas plus loin: la moralité concerne des situations concrètes de la vie humaine, par opposition aux notions transcendantes qu’impliquent les religions. Par exemple, qu’est-ce que voler le bien du voisin? C’est s’emparer d’un objet qui est reconnu comme appartenant au voisin, et ce sans l’accord de celui-ci. Dieu, les anges, les esprits n’interviennent nulle part dans ce raisonnement. En fait, même les liens supposés entre la moralité et le divin concernent en réalité des choses bien terre-à-terre. Ainsi, telle congrégation est persuadée que le mauvais temps a été causé par le blasphème commis par Machin, telle autre religion croit que le sida est causé par le « péché d’homosexualité », et ainsi de suite. L’appel au religieux vise alors à expliquer ce qui est mystérieux, rare ou étonnant.

C’est donc par ignorance que l’on a au départ associé moralité et religion, et ce lien a perduré comme vestige, bien que l’on possède aujourd’hui un grand nombre des explications que l’on cherchait autrefois. En approfondissant les points abordés plus haut, nous aurons l’occasion de voir que je ne prêche pas le retrait de Dieu des affaires morales, mais que je constate que Dieu n’y a jamais réellement pris part.

Cordialement,
Guillaume

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Mise à jour: débat

22 of nov, 2007 at 18:34

Un petit message pour indiquer qu’un autre candidat s’est présenté pour le débat avec Stefan Jetchick. J’ai donc jusqu’à Noël pour trouver mon troisième arbitre après quoi je devrai passer les gants à un autre.

Jetchick demande que son adversaire fournisse lui-même trois arbitres de son choix, deux ont accepté jusqu’à présent. Désireux d’avoir au moins un arbitre croyant, j’ai tâté le terrain auprès d’un site catholique et d’une spécialiste de Thomas, mais sans succès.

S’il y a un volontaire, ce serait très apprécié. Les responsabilités sont assez minimes: fournir votre nom véritable et une photo, puis juger de l’issue du débat. Vous n’avez pas à commenter les échanges ni à argumenter votre jugement. Tout volontaire de plus de 18 ans sera accepté (j’ai abandonné l’idée de trouver un thomiste).

Monsieur Pelchat me fait remarquer que Jetchick est un vrai cogneur. J’aimerais bien en juger, mais pour cela il faut que le match puisse débuter, et donc un troisième et nécessaire arbitre.

Bon week-end,

GL

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Joute intellectuelle

14 of oct, 2007 at 21:03

Je vais participer à un débat portant sur la moralité dans un monde sans dieu. La joute se déroulera par courrier électronique et la question débattue est «Si Dieu n’existe pas, le bien et le mal peuvent-il exister?»

L’autre participant au débat est Stefan Jetchick. Monsieur Jetchick, catholique, spécialiste de la pensée de Thomas d’Aquin, est aussi un militant pro-vie et agent électoral pour le Parti de l’Héritage Chrétien. Il habite Québec, où il travaille comme informaticien, et a déjà enseigné la philosophie au cégep Sainte-Foy. Il a créé le site inquisition.ca, où il publiera les interventions du débat.

C’est une opportunité formidable puisque, d’abord, il y a longtemps que je cherche un adversaire sachant argumenter autrement que par non sequirur et ad ignorantiam, mais aussi car il y a un montant de 1000$ en jeux.

À un fondamentaliste qui affirme n’importe quoi comme ça, en l’air, je préfère toujours un fondamentaliste qui est prêt à défendre son point de vue, et même à mettre de l’argent sur la table.

Les détails du débat sont encore à déterminer, mais, comme disent les mêmes anglais, “stay tuned”.

Sens de l’humour

Je vous recopie l’annonce publiée sur le site de Jetchick, qui montre que le type est bon joueur:

Le Sieur Guillaume de Loignon, de la Principauté de L’Uni-Mont
(Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l’Université de Montréal), nous a fait parvenir une missive à 14h08, le dimanche 14 octobre de l’An de grâce 2007. Il est présentement à fourbir son armure, et à se recruter trois dignes écuyers.

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Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement l'évolution des émotions selon Tooby et Cosmides.