24 of nov, 2007 at 12:00
La gratitude est dans l’air. C’était, il y a deux jours, la Fête Américaine de la Dinde (ou “Thanksgiving”) et voilà ce matin que je tombe sur cette article de Lysiane Gagnon dans la Presse. Gagnon déclare être reconnaissante envers ses parents pour l’avoir protégé des aspects négatifs de l’Église Catholique. Grâce à cette mesure préventive, nous dit Gagnon, “Je n’ai pas une once d’animosité envers cette Église-là.”
Sa gratitude, toutefois, est plutôt dirigée vers cette même Église:
“La liste est longue des torts de l’Église, de la chrétienté en général et du catholicisme en particulier. Mais enfin, ayons un minimum de gratitude pour ceux et celles qui ont consacré leurs vies à instruire et soigner des générations de Québécois, à l’époque où l’État refusait d’assumer ses obligations! Reconnaissons au moins que c’est en partie grâce à ce clergé têtu et fidèle que nous parlons encore français.”
Donc l’obstination têtue du clergé doit être remerciée, sans elle nous ne parlerions pas encore français. Il y a quelque chose dans ce raisonnement qui sent le syndrome de Stockholm. Une loyauté indue envers le tortionnaire qui est facilement explicable: nous sommes toujours plus reconnaissants envers ceux dont nous n’attendions aucunement une faveur. Merci, voleur de banque, de m’avoir relâché.
”Dans mon temps l’Église te runnait ça les écoles ’sti”
Cette gratitude envers le clergé est douteuse mais également basée sur un mensonge. L’Église Catholique au Québec n’a jamais été autant préoccupée par le français qu’on le croit généralement. On s’imagine peut-être que les baby-boomers, qui ont étudié chez les Frères, excellent en orthographe et en syntaxe?
Dans les faits (pdf), 22% des Québécois de plus de 16 ans sont analphabètes. 32% savent lire des informations simples mais seraient incapables de comprendre un texte comme celui-ci. 33% en seraient bien capables mais ne sauraient maîtriser un article scientifique ou un livre de philosophie. Le clergé ne voulait pas que les québécois soient instruits, on encore il était incapable d’instruire correctement la population, ne serait-ce qu’en fournissant une éducation des plus rudimentaires (lecture, écriture, arithmétique). Le but de l’école de “l’ancien temps” était de former de bons paroissiens, pas des citoyens éduqués.
En fait, Gagnon fait partie d’une très faible proportion de la population qui croit que l’Église a eu un impact positif sur les écoles ET a la chance de savoir écrire un texte. C’est plutôt la providence qu’elle devrait remercier, pas le clergé. Et puis pourquoi leur dire merci? Est-ce qu’ils vous le disent, eux? “Merci d’avoir été de si bonnes brebis”, voilà ce qu’ils diraient.
“Ce fut amusant le temps que ça durait, et comptez sur nous pour tout faire pour récupérer notre hégémonie.”
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20 of nov, 2007 at 21:13
J’espérais être éclairé par la prise de position de l’Institut Simone de Beauvoir par rapport à la Commission dite Taylor-Bouchard. J’avoue n’y avoir retrouvé que les mêmes amalgames et confusions qu’on peut lire dans les journaux et entendre de la part de plusieurs citoyens intervenant lors des séances de ladite commission. Grande déception. J’espère avoir mal lu ou mal compris. Je vous laisse juger, mes chers quatre lecteurs:
So, why call into question the legitimacy and the effects of the Commission? 1. because although we see the urgent need for dialogue about racism and sexism in Québec society, we object to how this consultation process has been undertaken. Listening to people “air out” their racism is not conducive to promoting critical reflection and dialogue, but instead creates a climate of fear-mongering and moral panic. Furthermore, in asking whether or not “difference” and “minorities” should be accommodated the commission assumes and perpetuates “commonsense” racist understandings of some “cultures” as homogeneous, backward and inferior. In addition, the Commission’s reliance on the notion of “reason” must also be critically examined. Historically, white men have been positioned as the exclusive bearers of reason, and the Commission runs the risk of reproducing this in a context of ongoing social inequality.
D’abord, l’enjeu central de la Commission n’est pas le racisme ni le sexisme, mais la place de la religion (n’importe quelle religion) dans la société. Il y a eu de nombreuses dérives venant de toutes parts, y compris de messieurs Taylor et Bouchard, mais en théorie, cette commission concerne la laïcité.
Tout en reprochant à la Commission d’accorder indûement la parole à des racistes qui s’imaginent que les immigrants sont un bloc homogène de musulmans rétrogrades, l’Institut tombe dans le même type d’amalgame, et ce tout au long de sa déclaration. Je résume: la Commission porte sur la place de la religion, mais la religion n’est pas la “race”. La religion n’est pas la culture, bien qu’elle puisse en faire partie.
La religion est un ensemble structuré de croyances concernant des êtres surnaturels et visant à entrer en lien avec ceux-ci. Dans de nombreux cas, la religion est couplée à une idéologie éthique et politique. S’il s’avère que certains éléments de cette idéologie contrastent avec nos idéaux de démocratie et d’égalité ou, pire, avec les lois, il est tout à fait normal de s’en indigner. Il n’y a, par ailleurs, aucunes raisons de tolérer, sous prétexte qu’elle est religieuse et que la religion est partie intégrale de la culture, une pratique qui serait méprisée dans d’autres circonstances.
Ce que je vise ici et qui plane au-dessus de la déclaration de l’Institut, c’est une sorte de relativisme culturel qui, en plus d’être inacceptable, contredit totalement les idéaux féministes. On y revient dans quelques lignes.
2. because the design of the Commission and the language of “accommodation” assumes and perpetuates a system of power whereby western “hosts” act as gatekeepers for non-western “guests.” A better consultative process would start with the recognition that Canada is a white-settler state, and that its history is one of colonial and patriarchal violence against Indigenous people.
Cette partie, bien intentionnée, semble tout de même confondre le fait de vouloir imposer sa culture au respect des lois et des principes de la constitution canadienne. Nous avons une charte des droits et libertés qui s’applique à tous les citoyens. S’il s’avère qu’un immigrant ne souhaite pas s’adapter à ce nouveau code (et honnêtement je peine à trouver un exemple réel) alors il ne devrait pas vivre au Canada, tout simplement. Ce principe peut sembler sévère, mais il faut le distinguer de ce qu’on entend parfois à la Commission (exemple “qu’ils s’adaptent ou qu’ils retournent chez eux”). Il ne s’agit pas d’imposer notre culture et nos modes, mais de faire respecter nos lois et chartes.
Pour ce faire, il y a des policiers et des tribunaux, il y a la Commission des Droits de la Personne, il y a les ombudsman. Les maires Tremblay, cardinal Ouellette et chantres de la culture “pure laine” ne sont ni nécessaires, ni désirés.
3. because the public debates that the Commission has sparked construct certain ethno-cultural communities as perpetual outsiders and as threats to Québec identity rather than as integral to it. Concerns about ethno-cultural others as socially regressive obscure the everyday homophobia, sexism and racism that pervade Québec society.
Concern trolling. Ce paragraphe sous-entend qu’il est mal de s’attaquer à l’homophobie véhiculée par certaines religions (soyons précis, par l’Islam) puisque cela nous détourne de l’homophobie que l’on rencontre au quotidien. Or on peut très bien lutter sur plusieurs fronts. Toute forme de sexisme et d’homophobie doit être critiqué. Si je vois une association musulmane émettre des propos franchement sexistes, je ne vais pas m’empêcher de la critiquer sous prétexte qu’il s’agit de religion.
En revanche, associer les immigrants à de violents rétrogrades pour se donner bonne conscience en tant que “québécois pure laine” est tout simplement dégueulasse, j’en conviens.
4. because the ways that the Commission has been represented in mainstream English media promotes the idea that racism is a feature exclusive to Québec society and is not a problem — or is less of a problem — in the rest of Canada.
Ce n’est pas un problème avec la Commission, mais avec les médias. Il y a plein de problèmes avec cette Commission et j’aurais aimé que l’Institut les aborde de front.
5. because the preoccupation with veiled women serves to deflect from the sexism and racism that has historically pervaded Québec and Canadian society. As feminists, we must challenge our complicity with the state’s violence against women both in its colonial relations with Indigenous people and in its use of the figure of the veiled woman as an alibi for imperialist war and occupation in Afghanistan.
Autrement dit, les Québécois utilisent la problématique du voile pour se cacher à eux-même le fait qu’ils ont été de méchant colonialistes et qu’ils occupent l’Afghanistant. WTF? La majorité des Québécois sont contre la guerre! Quelqu’un peut dire “non sequitur”?
6. because appeals to secularism as a guarantor of gender equality effectively function to promote Christian culture as the norm and to scapegoat Muslims as inherently sexist, erasing secular forms of sexism.
La laïcité promouvoit le catholicisme comme norme? Re-WTF! (pdf) Dans les faits, les catholisicants veulent imposer leur religion comme “principe fondateur de la société” (je paraphrase le maire Jean-Marie Tremblay) en s’imaginant que le crucifix est un talisman contre l’infâââââme religion de l’Autre.
La laïcité québécoise vise plutôt à assurer le respect de l’autre et garantir la liberté de religion - dans la limite de ce qui est permis par la Constitution, ce qui ne pose pas de problème à 99,9% des gens. Il y a eu quelques dérives provenant d’individus qui n’ont pas particulièrement bien compris ce qu’est la laïcité, certes, mais ici également il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier.
7. because although it is still underway, the Commission has already prompted the proposal of laws that could restrict, regulate, and otherwise impede the lives of immigrant and racialized people in Québec.
C’est à dire… ? Pas que je doute que ce soit le cas, mais on aurait apprécié une certaine élaboration.
8. because regulating women’s public religious expression is gender discrimination insofar as it takes away women’s freedom and inhibits their civic participation.
Tout à fait. Cependant vous conviendrez que l’expression religieuse, bien que respectée, voire encouragée (au nom de la liberté de pensée) est circonscrite par le cadre de la loi. Nul n’est au-dessus des lois (ignorons sagement les “lois” absurdes de Hérouxville). Encore là, je doute que cela pose problème. En fait, parmi les rares cas où cela a effectivement posé problème dans le passé, il n’y avait pratiquement que des chrétiens d’impliqué.
9. because the CSF is failing to meet its mandate of “defending the interests of women.” The CSF would better serve the interests of women in Québec by focusing on the conditions of poverty, violence, criminalization and racism that many of us face, and not on what women wear.
Absolument mais j’apprends à l’instant que la Commission porte sur les vêtements de femmes. Je croyais que l’enjeu central était la place de la religion dans la société…
Épilogue: ce manifeste tombe dans un cliché assez répandu consistant à dire qu’il est inutile d’apprendre le français pour vivre ici puisque “it’s not even real French”. On nous dit, à la place, que nous ne vivons pas dans une vraie république démocratique en raison de notre passé colonialiste, et que nous ne sommes pas de véritables défenseurs des droits de la personne puisque nous avons une présence militaire en Afganistan et que certains de nos citoyens sont sexistes ou racistes. Par conséquent, il n’y a pas d’intérêt à s’assurer du respect de la Constitution par les citoyens d’origine étrangère. Suintant la condescendance, dégoulinant d’intellectualisme, le propos de l’Institut est, au mieux, un coup d’épée dans l’eau.
Pour reprendre le dicton de Godard: si vous voulez être un révolutionnaire intellectuel, ne soyez pas un intellectuel.
Tags: Commission Taylor-Bouchard, féminisme, Institut Simone de Beauvoir
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16 of nov, 2007 at 23:53
Décédés à un âge fort respectable
- Bertrand Russell (1872 - 1970) : mort à 97 ans.
- Quine (1908 - 2000): mort à 92 ans.
- John Dewey (1859 - 1952): mort à 92 ans.
- Karl Poppoer (1902 - 1994): mort à 92 ans.
- Thomas Hobbes (1566 - 1679): mort à 91 ans.
- Jeremy Bentham (1748 - 1832): mort à 84 ans.
- John Rawls (1921 - 2002): mort à 81 ans.
- Kant (1724 - 1804): mort à 79 ans.
- Carnap: (1891 - 1970): mort à 79 ans.
- Ernst Mach (1838 - 1916): mort à 78 ans.
- Augustin (354 - 430): mort à 75 ans.
- Locke (1632 - 1704): mort à 72 ans, quand même remarquable pour l’époque.
- Nietzsche, gravement malade presque toute sa vie, mort à 55 ans. (1844 - 1900)
Philosophes vivants et toujours dans le circuit.
- Marvin Minsky - 80 ans.
- Noam Chomsky - 78 ans.
- John Searle - 75 ans.
- Hilary Putnam - 71 ans.
- Jerry Fodor - 71 ans.
- Daniel Dennett - 66 ans.
- Milan Kundera: 68 ans. (Ok, je sais…)
- Richard Dawkins - 67 ans.
- Patricia Smith, 64 ans.
Et un petit tour chez les philosophes Québécois (d’origine ou de résidence)
- Charles Taylor, 76 ans.
- Yvon Gauthier, 66 ans.
- Steven Pinker, 53 ans.
- Jean Grondin, 52 ans.
Article à compléter. J’aimerais ajouter les dates de naissance pour les auteurs vivants, question de leur souhaiter un bon anniversaire. L’étape suivante: des cartes de philosophes. Comme les cartes de hockey.
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11 of oct, 2007 at 14:33
Il faut bien tester le site par un inévitable premier message. Alors voilà.
That wordpress theme will probably change three times a week until I find a satisfying one.
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