dechamplain - the material soul

Mathieu Bock-Côté, re: Taylor-Bouchard

3 of juin, 2008 at 23:39

Pas bête, ce Bock-Côté. Dans le Devoir du week-end dernier, il avance que Taylor-Bouchard sont de joyeux élitistes qui souhaitent préparer l’esprit québécois (qui est si faible à force d’écouter TVA, souvenons-nous de la bévue de Bouchard…) au multiculturalisme. On efface notre identité, on la prépare à recevoir la grosse bouille relativiste que chouchoute la nouvelle gauche, via:

 campagnes de «sensibilisation à la diversité» ou «d’éducation à la différence» qui sont supposées transformer la conscience nationale pour mieux la disposer envers la société multiculturelle, pour «conscientiser» la société aux bienfaits idéologiques de sa fragmentation identitaire, pour lui permettre «d’intérioriser» la philosophie pluraliste.

Le citoyen idéal n’est plus l’homme nouveau des Lumières, ni un übermensch nietzschéen… c’est un homme qui reçoit entièrement sa culture des institutions. C’est un humain malléable à l’infini, prêt à être un bon citoyen travaillant. Bock-Côté, lui, est assez loin de cet idéal de bonasserie. Il accuse la Commission T-B de vouloir “fabriquer un nouveau peuple” dans une expérience sociologique à grande échelle, véritable “camp de réforme.”

Dans  la même gamme, Jean-Jacques Tremblay (qui est-ce? mais bon) écrit dans Point de Bascule:

Le projet politique contenu dans le rapport Bouchard-Taylor incarne la vision d’un Québec ouvert car insignifiant, d’une société harmonieuse car informe et insipide, d’un citoyen ouvert d’esprit car incapable de juger, et surtout d’un avenir collectif qui en dernière instance ne sera l’avenir de rien ni de personne.

Qu’adviendra-t-il des contestataires? Nécessairement, contester c’est aller à l’envers du modèle rêvé par la CT-B. Donc, c’est mal. Nos commissaires préférés se sont déjà dotés de mesures spéciales afin de faire taire la dissidence en associant opposition au multiculturalisme et discrimination raciale. Ainsi, le texte que vous lisez est nécessairement raciste (selon le rapport T-B). En contrôlant le politiquement correct, on contrôle ce qui ne se dit pas, et donc ce qui doit être considéré comme vrai. Le fait que le gros de la population s’oppose à tout ça ne nuit pas au projet de T-B, au contraire. Ils disqualifient ainsi l’opinion de la populace, du vulgus:

en criminalisant à la fois ses comportements, ses attitudes et ses aspirations s’incarne aujourd’hui dans le politiquement correct, qui sert principalement de dispositif idéologique pour censurer toutes les manifestations du monde contre lequel se construit le multiculturalisme

Le mot fascisme ne se trouve pas dans l’article de Bock-Côté, mais dans les grandes lignes on voit que la commission T-B a remplacé le “nous les québécois” par “nous ceuze là qui décident ce que vous devez penser, pis si vous êtes pas contents, vous êtes jusse des racisses!” Mieux exprimé:

La chose devait désormais être reconnue: rien n’est plus intolérant qu’une philosophie qui réclame pour elle seule le monopole de la tolérance. Derrière les grands appels au pluralisme intégral, c’est une vieille tentation qui se dévoile sous une allure neuve. Une nouvelle tentation totalitaire.

C’est pas des blagues: une tentation totalitaire!

Autre extrait savoureux, chez Jean-Jacques Tremblay cette fois:

Ce à quoi [Taylor et Bouchard ]aspirent du plus profond de leur âme, c’est d’offrir à une nouvelle race d’intellectuels-chercheurs et d’ingénieurs sociaux patentés un rôle sociétal enfin grandiose, et de donner ainsi sens à la vie d’une caste de crétins instruits.

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Un commentaire

Commentaire par PF

Made Lundi, 16 of juin , 2008 at 19:43

Salut Guillaume, hors-sujet certes, mais tu féliciteras ton frère de ma part!

PF

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Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement la théorie somatique des émotions.