12 of fév, 2008 at 17:50
Note: vous pouvez lire la troisième intervention de S. Jetchick sur son site.
Salutations à Stefan ainsi qu’aux arbitres, messieurs Labelle, Haméon et Ouellette.
Je voudrais commencer en indiquant que je m’engage à ne plus aborder la religion catholique d’une manière ou d’une autre. Ce ne sera pas nécessaire. Ma position ne requiert pas d’attaquer Dieu ou la foi en Dieu. La voici, en quelques mots: la moralité est autonome par rapport à Dieu. Pourquoi? Car il n’y a aucune raison de croire autrement.
Soyons francs: quel rôle pourrait réellement jouer un dieu dans la moralité? On pourrait, certes, en recenser quelques-uns1:

Lors des premiers échanges, nous nous sommes entendus sur le premier rôle: Dieu n’a pas créé de lois morales arbitraires; le bien et le mal découlent plutôt de l’organisation des choses. Je crois aussi que tu rejettes le rôle #3, admettant que des athées peuvent agir tout aussi moralement que des croyants. Le débat s’est donc orienté sur le deuxième rôle.
Selon ta conception, il ne peut y avoir de conscience sans l’intervention d’un être créateur. J’ai plutôt proposé la théorie de l’évolution comme source possible de la conscience. Les raisons motivant cette préférence m’ont semblé, de ton côté, plutôt religieuses et esthétiques. D’une manière ou d’une autre, cela ne risque pas de convaincre les arbitres. Pour ma part, j’ai une préférence avouée, sur le plan esthétique, pour le monisme fort. Comme je l’ai indiqué par une boutade, « j’aime mes atomes », quoique « j’aime mes quarks et mes gluons » aurait probablement été plus adéquat. J’assume totalement ce parti-pris. Cependant, ce n’est pas ce qui me mène à penser que la conscience a pu émerger via l’évolution biologique. C’est plutôt l’étude de l’évolution elle-même, ainsi que des neurosciences, qui m’ont amené à ce point de vue. Bref, quand tu dis que je confonds matérialisme méthodologique et philosophique, je plaide coupable. Mais pour le reste, c’est encore la foi contre la science.
Si tu souhaites faire basculer le débat vers « la conscience a-t-elle pu émerger par des processus évolutifs », j’embarque volontiers, même si je ne me suis pas « enlisté » pour ça initialement. Je me demande tout de même: quels arguments as-tu pour appuyer ton point de vue sur cette question (l’intervention divine) ? Ou peut-être as-tu songé à un autre rôle possiblement tenu par Dieu?
Très cordialement,
GL
Source: David O. Brink, « The Autonomy of Ethics », in The Cambridge Companion to Atheism, Cambridge University Press, 2007.
Tags: moralité, Stefan Jetchick
Category: débat
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9 of fév, 2008 at 17:33
La motivation du projet de Descartes
Faque cé ça, Descartes genre ya pas jusse faite des preuves de même out of nowhere ou pour la cred. Y sé donné l’trouble cé parce que sinon man ça srait trop fucked up, yo. C’est comme Jah Rastafari, man, c’est le roots de toute. Si t’as pas de roots té rien. Faque comme j’disais si y’avait pas Dieu on serait trop fucked up, tu pourrais jamais savoir si té en train de bad tripper ou si c’est vrai. Genre, t’es en train de chiller pis là tu dis à té friends “yo, ptet que dans le fond y’a genre un dude qui rêve à nous autre pis cé ça la vie. Ou ptet que c’est genre des scientifiques fucked up qui s’font du fun à nous faire croire qu’on est icitte mais dans le fond on est juste, pas là”. Faque ouin, si t’as pas de roots comment tu veux savoir si té pas dans lrêve d’un dude ou dans une expérience de scientifique fucked up? G-O-D c’est genre le roots numero uno. Penses-tu vraiment qui voudrait ça que toute cque tu penses ça soit dla shit? Jamais y laisserait faire ça. Ctun vrai homie, yo.
Les preuves de l’existence de Dieu
Des fois chu là devant mon ordi pis j’free style, pis jme dis shit, comme ça se fait que j’ai pu penser à ces lyrics là? Pis deux secondes après j’écoute du beat pis j’entends la même ostie de rhyme pis j’comprends oussé j’ai pogné ça. J’me dis criss, me semblait aussi c’tait trop fort comme rhyme, j’aurais jamais assé de skillz pour maker ça up. Ben G-O-D c’est pareil, sti. Penses-tu vraiment qu’un dude aurait maké ça up? C’est trop phat comme idée là pareil. C’est clair que ya kekchose.
Pis après man: check ça. Toute c’que tu vois partout, tu penses que ça vient d’où? Té tu capables, toi d’inventer des montagnes pis des lacs pis des plants de weed out of nowhere? Non? Bon.
A part de ça j’te lé dit déjà: Jah yé comme trop. Si c’était fake il serait wack, pis je viens d’te dire qu’y é chill.
Faque ouin, cé ça.
Source: Descartes, Méditations Métaphysiques.
Category: philo
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29 of jan, 2008 at 17:49
Il y a beaucoup, beaucoup de choses à traiter ici. Je vais opter pour ton style, question de couvrir plus de terrain.
[J2.1] Sauf que les matérialistes athées vont plus loin encore: bouse de vache + temps + hasard = mon voisin
Nego. L’évolution n’est pas le fruit du hasard. La sélection naturelle ne fonctionne pas par hasard.
[J.2.5] D’abord, il y a bien plus qu’une théorie de l’évolution! Il y en a plusieurs! (par exemple, évolutionnisme ou monisme, transformisme universel, transformisme mitigé, etc.)
En sciences, la théorie concernant l’origine des espèces est actuellement celle-ci: la théorie synthétique de l’évolution, ou néo-darwinisme. Attention de ne pas confondre théorie (au sens scientifique) avec hypothèse ou doctrine.
[J2.2] On peut au contraire prouver que la matière ne peut pas devenir consciente.
Nego. Que manque-t-il à la matière pour qu’elle soit consciente? Quel est l’ingrédient magique non-matériel, et qu’est-ce qui prouve l’existence dudit ingrédient? (Aussi: si un humain n’a pas cet ingrédient, ai-je le droit de le tuer?)
[J2.3] [Les athées matérialistes affirment que:] Seule la matière existe; une chose ne peut pas exister sans être matérielle. Toute information qui ne provient pas de nos sens externes (vue, odorat, toucher, etc.) est fausse et non-scientifique. On peut donner ce qu’on a pas. Du non-être peut surgir spontanément l’être. Le moins explique le plus.
On peut jouer longtemps sur le sens du mot « exister ». Est-ce que le bleu existe? Est-ce que le verbe exister existe?
Ensuite, l’information ne provient pas toujours des sens. La réflexion aussi permet d’engendrer de nouvelles informations. L’accusation est donc sans fondement.
Je semble par ailleurs déceler ici une défense de la révélation comme source valable d’information. Qu’est-ce qui démontre la validité de ce genre de sources? En quoi la révélation telle que définie par la religion catholique est-elle supérieure à la taromancie? Peut-on le démontrer?
[J2.4] Par contre, tu es tout-à-fait logique avec toi-même. Un athée matérialiste va avoir tendance à réduire la morale à «ce qui s’adonne à arriver», plutôt que «ce qu’on a le devoir de faire, coûte que coûte, même si on est faible et que le plus fort va gagner, même si on doit mourir en essayant».
Nego. N’oublions pas que l’évolution fonctionne à partir de groupes de population, pas d’individus. L’esprit de sacrifice et l’altruisme sont donc tout à fait cohérents avec l’évolution. Les accidents de l’histoire (Staline et cie) semblent en fait parasiter cet instinct en détournant l’amour du prochain en un amour de la Patrie, du Régime, du Gourou, etc. Ce n’est pas parce que c’est « juste » de la matière qu’il faut pour autant agir avec violence. Et puis si “tout le monde meurt” suite à la pression d’un bouton, ce n’est pas très bon côté survie de l’espèce, non?
Prenons un exemple. Si je jette un oiseau empaillé, sa trajectoire suivra exactement une courbe décrite par les lois de la balistique. À ce moment-là, c’est « juste » de la matière. Mais pas si je lance un oiseau vivant, le comportement du projectile sera beaucoup plus complexe, puisqu’on a affaire à un être conscient. C’est de la matière, mais pas « juste » de la matière. C’est de la matière organisée et dotée de conscience. Pour mes amis de la Polytechnique, tant qu’ils sont en train de concevoir un avion ou un pont, un humain = un tas de matière avec un poids X et un volume Y. Mes amis en psychologie, eux, ont une tout autre conception de l’humain, et mes amis d’anthropologie pensent encore autrement. Qui a raison? Ils ont tous raison, chacun à un différent niveau de compréhension.
Les actes cruels comme brûler un être humain vivant confondent une compréhension élémentaire de l’être humain (il est surtout composé de carbone, donc il brûle) avec une compréhension plus “macroscopique” (il a des intentions, une conscience, une volonté, etc.)
Finalement, un petit conte amusant sur le dogmatisme.
Le mystère de la tondeuse à gazon
Je reprends ton analogie. Pour bien utiliser la tondeuse, on peut faire trois choses:
- Téléphoner au fabricant
- Consulter le manuel
- Découvrir son fonctionnement en étudiant la structure de la tondeuse
Je tente les trois voies. 1) Le fabricant ne répond pas. Il y a seulement un représentant non officiel qui exige que je lui embrasse les fesses avant de me donner des instructions floues et contradictoires. 2) Le manuel, bien qu’il soit utile dans certains cas, concerne une tondeuse construite il a quelques siècles! Il donne par ailleurs, dans ses premiers chapitres, plusieurs instructions interdites par la loi canadienne. 3) C’est difficile au début, mais je réalise que même ceux qui prétendent faire 1 et 2 font en réalité 3. Je m’inspire d’eux ainsi que de mes découvertes. Le gazon est tondu, quelle joie!
Morale de cette histoire: les dogmes ne tondent pas le gazon. Mais, en tant qu’engrais naturel, le font peut-être pousser mieux.
Très cordialement,
GL
Category: débat
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Comments (2)
24 of jan, 2008 at 18:33
Je ferai demain une brève prestation de DJ au Café Zira, 524 rue Mondor, Saint-Hyacinthe. Vous êtes tous cordialement invités à cette soirée de danse. Pour vous donner un avant-goût, une petite mixtape concoctée à-partir d’extraits pigés au hasard dans mon “set” de demain.
Bonne écoute! (mp3, 96bps, 29.8 megs)
Playlist
00:00 - mylo - dr pressure
02:10 - robert babicz - milo's grove
05:30 - hug - ask for it
07:42 - gui boratto - chromophobia
10:00 - herbert - close to me
12:05 - groove armada - my friend (k+d remix)
15:10 - cassius - foxxy
17:50 - les rythmes digitales - brothers
20:30 - daft punk - one more time
22:14 - modjo - lady
24:17 - gui boratto - xilo
27:38 - trentemoller - evil dub
30:27 - gus gus - sleepy time
33:35 - pole - silberfisch
35:03 - kontrast - grey skies to blue
39:41 - lee perry - dub revolution
durée totale 43:40
Tags: Café Zira, DJ
Category: misc
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23 of jan, 2008 at 23:29
Qu’est-ce que la théorie somatique des émotions? En une phrase, et très grossièrement, c’est l’explication psychologique des émotions selon laquelle on est heureux car on sourit. Un peu plus précisément, c’est une théorie en neuropsychologie, selon laquelle les émotions seraient engendrées lors de la détection de “marqueurs somatiques” par le cerveau. Ces marqueurs sont des modifications de l’état corporel, par exemple des sueurs froides, une accélération du pouls, un fou rire, etc. Lorsque l’esprit constate que nous avons une émotion, c’est alors seulement que nous trouvons une explication pour celle-ci.
On désigne aussi parfois la théorie somatique des émotions sous le nom de théorie James-Lange, en l’honneur des deux auteurs qui l’ont publié indépendamment vers 1884: William James et Carl Lange. Lange était un médecin danois qui estimait que le modèle courant (l’émotion est psychologique et entraine des effets physiologiques) ne tenait pas la route. Si c’était vrai, se disait Lange, l’existence nous apparaitrait comme n’ayant aucune saveur, aucune chaleur. Tout serait purement cognitif. Quelqu’un nous insulterait et nous ne ressentirions rien, nous pourrions seulement, à la limite, juger de riposter après mûre réflexion.
De son côté, William James était un philosophe et psychologue américain qui s’est lui aussi penché sur le problème de poule et d’oeuf que représentent les émotions. Supposons que je suis perdu dans la forêt et que je vois un ours, s’est demandé James. Ce n’est pas le temps de réfléchir et de se dire, ”Ah tiens, un ours! Il faudrait bien que mon cerveau m’envoie de l’adrénaline et un surplus de sang dans les muscles de mes jambes!” C’est l’inverse qui arrive. On décampe, ensuite seulement on réalise la gravité de la situation.
Ainsi, les réactions physiologiques ne sont pas des effets de l’émotion, mais la cause. James avait d’ailleurs inventé une thérapie assez simple: pour être heureux, souriez! L’idée semble bête, mais ça marche.
Dans le prochain épisode, nous verrons les données récentes en faveur et contre l’hypothèse James-Lange, de même que les théories concurrentes.
Tags: émotions, James-Lange
Category: body and soul
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23 of jan, 2008 at 15:19
Qu’est-ce que le fascisme?
Historiquement, le fascisme désignait la position de la droite catholique en Italie dans années 20. Le terme renvoie au latin fasces, un ensemble de barres solidement liées ensembles au bout duquel se trouve un fer de hache. L’idée ici est que la société (le “nous”), par sa grande cohésion, pourra vaincre ses ennemis (les “autres”).
Se développe alors un fort sentiment nationaliste très “familial”, où bien entendu le leader est une figure tout à fait paternelle. Cette famille-État vaut plus que l’individu, dont on se permettra de violer les droits “pour son propre bien”. Après tout, Papa a raison!
Une bonne manière d’introduire des idées fascisante est de faire référence à un passé glorieux (réel ou fictif) où tout allait mieux. Il suffit de prendre quelques problèmes actuels, comme l’économie ou l’identité culturelle, et de montrer qu’avant que les “autres” n’arrivent, tout allait beaucoup mieux. En montrant à quel point la société actuelle est dégénérée, on pourra inciter la collectivité à espérer un retour à ces “bonnes vieilles valeurs”, qui sont en réalité les valeurs du Parti.
J’en arrive à une chanson populaire dont le fascisme est tout à fait évident, au point qu’elle est grandement appréciée des groupuscules d’extrème-droite. J’ai nommé: Dégénération, du groupe Mes Aïeux. En étudiant les paroles, on constate rapidement à quel point tout concorde avec la description du fascisme faite plus haut.
D’abord, le passé glorieux comparé à l’état actuel (”dégénéré”):
Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l’a vendue pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p’tit gars, tu l’sais pus c’que tu vas faire
Dans ton p’tit trois et demi bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d’avoir ton petit lopin de terre
Puis on justifie le renoncement aux droits et libertés fondamentales en faisant encore appel à ce glorieux passé fictif. Ainsi les femmes servent à faire des bébés. C’est dans leur nature, et si elles n’ont pas un paquet d’enfants, elles ont raté leur vie:
Ton arrière-arrière-grand-mère, elle a eu quatorze enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c’tait suffisant
Pis ta mère en voulait pas ; toi t’étais un accident
Et pis toi, ma p’tite fille, tu changes de partenaire tout l’temps
Quand tu fais des conneries, tu t’en sauves en avortant
Mais y’a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d’une grande table entourée d’enfants
Le tout prend la forme d’une chanson “traditionnelle” québécoise, ce qui laisse entendre que ces propos fascisants correspondent à nos valeurs. Mes aieux sont des imposteurs. Le message de la chanson n’a rien de traditionnel. C’est plutôt le même refrain que nous servent les Front national, les fondamentalistes et intégristes de tout acabit, mais emballé dans une musique québécoise d’allure inoffensive. C’est rétrograde, c’est dégueulasse. Entre ça et des Pouliches Magiques, je prends les pouliches n’importe quand.
Et… Foglia aussi trouve que c’est une nuisance, cette chanson.
Category: actualité, imposture, philo
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21 of jan, 2008 at 18:57

Le super-héros des philosophes: Capitaine CONCEDO!
(Source)
Bonjour à tous!
Débutons par une petite récapitulation.
Bonne idée! N’oublions pas que notre but n’est pas de «noircir des pages», mais, comme le dit si bien M. Denis Labelle:
«Dans l’espace abstrait des «propositions intéressantes», il y a donc, grosso modo, le pays de l’accord et le pays du désaccord. Après avoir planté quelques piquets-propositions dans le pays de l’accord et quelques autres dans le pays du désaccord, chacun essaie (par ses prochaines propositions) de promener le mieux possible sa «loupe mentale» aux alentours du mi-chemin entre les deux pays. Chacun essaie de cartographier les contours de la frontière étrange où nos opinions se détachent.»
[FAQ de REDICO]
(C’est surprenant comme ce que dit M. Denis Labelle ressemble à ce que dit le Capitaine CONCEDO. Aurions-nous enfin trouvé la véritable identité du super-héros des philosophes?) Examinons-donc ton dernier courriel, pour tenter de dénicher tous nos points de convergence. (Ça prend du temps, mais ça vaut la peine de faire un effort pour d’être d’accord avec Guillaume Loignon!)
[7] Si Dieu a créé la morale, alors il a pu déterminer les règles >> de manière arbitraire (donc ce ne serait plus de la morale)
Concedo!
Pour les spectateurs moins calés en philo, ici Guillaume démolit le «volontarisme cartésien». Descartes disait que Dieu était tellement «libre», que si Dieu avait voulu que 2 + 3 = 4, Il aurait pu le faire!
Bien sûr, si tel était le cas, il faudrait dire adieu au Principe de non-contradiction (donc il faudrait dire adieu à la raison, et par conséquent adieu à la morale).
[8] [Si Dieu] a «choisi» les règles rationnellement, alors on peut également accéder à cette morale par la raison
Concedo!
Guillaume, ici ta phrase est tellement importante qu’il vaut la peine de s’y attarder un peu. En fait, je pense qu’elle vaut à elle seule mon investissement de 1000$. Lorsqu’une intelligence produit de l’ordre, on peut découvrir les intentions de cette intelligence en examinant cet ordre.
Par exemple, en examinant une tondeuse à gazon, on peut déduire des «Commandements» du Manuel de l’usager, comme:
- Tu ne mettras pas d’eau dans le réservoir d’essence.
- Tu ne mettras pas de sable dans le réservoir d’huile.
C’est sûr qu’on peut téléphoner à l’inventeur de la tondeuse à gazon, pour qu’il nous dise directement comment bien s’en occuper. Mais on peut aussi «lire le manuel» qui est implicitement «écrit» dans la tondeuse elle-même. (Bien sûr, il faut ensuite se poser la question: «Qui dit que l’ordre que tu crois voir est meilleur que celui que je crois voir?» Et encore plus important: «L’ordre peut-il surgir de rien?» Mais attendons un peu avant d’explorer cette «frontière étrange».)
[9] “god-of-the-gaps” (ou Dieu bouche-trou). Ce n’est pas parce qu’on ignore encore les détails […] qu’il faut nécessairement postuler un Dieu […]
Concedo!
L’ignorance ne prouve rien. Pour affirmer que l’évolution n’explique pas ceci ou cela, il faut non seulement montrer qu’on n’a pas d’explication, mais aussi que ce n’est pas possible, en se basant sur des principes encore plus certains.
[10] fantôme désincarné (l’âme) qui hanterait un tas de viande (le corps)
Concedo!
J’aime ça quand tu tapes sur les erreurs de Descartes! En effet, pour Descartes (et Platon, etc.) «l’âme» est une sorte de fantôme totalement indépendant, uni (on ne sait pas pourquoi) à un corps lui aussi indépendant.
Bon, je pense avoir épuisé les Concedo.
[Environ 400 mots ici]
Essayons maintenant de nous re-centrer sur le sujet du débat.
Personnellement, j’aime beaucoup mes atomes.
Je n’ai jamais douté que tu avais des croyances et des émotions personnelles. Sauf que dans ce débat, tu dois plutôt démontrer rationnellement l’existence de préceptes moraux non-arbitraires obligatoirespour tous.
on réalise vite qu’en fin de compte les bon gars finissent premiers
Ah oui, vraiment?
Joseph Staline est mort de vieillesse, après une longue vie pleine de «réussites». Idem pour l’ayatollah Khomeini, Pol Pot, Ferdinand Marcos, etc. N’oublie pas non plus que le Thomas Hobbes de ta «vision hobbesienne» a écrit son Leviathan pendant la Guerre civile anglaise (1642-1651), où les massacres, pillages, épidémies, etc., lui ont fait dire: «Life under mob rule is solitary, poor, nasty, brutish and short». Et si après tout ça, un petit clown aux USA ou en Russie appuie sur le bouton? Hop, cataclysme nucléaire mondial. Tout le monde est mort.
En d’autres mots, je pense ici que tu t’éloignes un peu trop des faits.
Par contre, tu es tout-à-fait logique avec toi-même. Un athée matérialiste va avoir tendance à réduire la morale à «ce qui s’adonne à arriver», plutôt que «ce qu’on a le devoir de faire, coûte que coûte, même si on est faible et que le plus fort va gagner, même si on doit mourir en essayant».
il y a abondamment de faits démontrant la théorie de l’évolution
Distinguo.
D’abord, il y a bien plus qu’une théorie de l’évolution! Il y en a plusieurs! (par exemple, évolutionnisme ou monisme, transformisme universel, transformisme mitigé, etc.) Dans ton cas, tu sembles confondre «évolution biologique» et «monisme philosophique». Pour le voir, va au laboratoire de biologie de ton université, et tente de voir les énoncés suivants dans un microscope:
[13] Seule la matière existe; une chose ne peut pas exister sans être matérielle.
[14] Toute information qui ne provient pas de nos sens externes (vue, odorat, toucher, etc.) est fausse et non-scientifique.
[15] On peut donner ce qu’on a pas. Du non-être peut surgir spontanément l’être. Le moins explique le plus.
Ces énoncés sont des positions philosophiques, pas des constatations biologiques. Par exemple, le [14]: en ce moment, tu lis ce texte, tu comprends mes mots, tu sais que tu es «Guillaume Loignon». Cette information ne te vient pas de tes sens externes. Tu constates évidemment que tu es une personne, libre et raisonnable. C’est vrai, mais ça ne ce voit pas au microscope, ni au tomographe par émission de positons.
Le [15] exige qu’on abandonne le Principe de non-contradiction, et donc la raison. Le [13] est une pure affirmation sans fondement. On voit bien que le concept d’être, d’avoir un rapport à l’existence, n’est pas nécessairement limité à la matière. Y a-t-il plus que la matière? Aucun microscope ne peut nous le dire. Mais réfléchir aux numéros [14] et [15] peut nous ouvrir des portes.
[11] il y a abondamment de faits démontrant […] l’évolution de la conscience
Nego.
[12] On peut au contraire prouver que la matière ne peut pas devenir consciente.
Pour ce faire, il faut commencer par augmenter notre bagage philosophique. Oui, Descartes à parlé de l’âme, mais très mal. D’autres avant lui (Aristote) ont dit des choses bien plus cohérentes. J’imagine que tu te destines à l’enseignement de la philosophie? Alors, pour le bien de tes étudiants, tu as le devoir de lire attentivement une demi-douzaine de pages qui résument Aristote:
L’âme de la coquerelle
En terminant, merci Guillaume une fois de plus d’être mon partenaire d’entraînement. Tu me force à réfléchir sérieusement à des questions très importantes.
Au plaisir de ferrailler avec toi!
Stefan
============================================================
Quelques répliques point-par-point (facultatif)
Il y a environ 100 000 ans […] l’homo sapiens a émergé. Les premiers monothéismes datent d’il y a environ 6000 ans.
Je ne connais pas de bon livre de paléoanthropologie. Si tu en as un à me suggérer, je serais reconnaissant. J’aimerais bien savoir comment on fait pour déterrer un bout de crâne vieux de 100 000 années, et de voir sous le microscope s’il était bi-théiste ou tri-théiste, mais pas monothéiste. (Et tant qu’à y être, s’il était vraiment libre et raisonnable.)
Pour ce qui est de la date de promulgation de la loi morale naturelle, elle coïncide avec l’apparition de l’homme (voir ci-haut la métaphore du «Manuel de l’usager» implicitement «écrit» dans la tondeuse elle-même).
J’adore l’idée d’être composé de la même matière que le voisin […] Ça […] m’incite à l’humilité
Les chrétiens aussi savent que: «Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière» [Gn 3:19]. Sauf que les matérialistes athées vont plus loin encore:
bouse de vache + temps + hasard = mon voisin
Et comme le hasard n’est rien au fond, et que le temps n’a d’autre réalité que celle du mouvement lui-même, alors l’équation se réduit à: bouse de vache = mon voisin
Disons que ça ne donne pas des raisons solairement évidentes pour respecter son voisin!
Au contraire, cela amoindrit l’existence en la réduisant à une sorte de réalité virtuelle précédant la véritable existence dans «l’au-delà».
Ce n’est pas un débat sur la religion catholique, mais quand tu lances de la boue comme ça, il faut que je réagisse un peu!
Si tu enlèves tes oeillères athées un instant, et que tu vas lire la vie du gars que les chrétiens doivent imiter ici-bas, tu vas voir qu’il n’est pas question d’«amoindrir l’existence» ici-bas! Au contraire, si on ne vit pas notre existence ici-bas au maximum, alors notre existence dans l’au-delà est foutue!
(«Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire […] tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.»
[Mt 25:31-46])
En passant Guillaume, une «bonne soeur» qui lit tes textes m’a demandé de te demander pourquoi tu étais devenu athée. (Remarque l’approche féminine à laquelle je n’aurais jamais pensé. Trop occupé à me battre pour m’apercevoir que mon adversaire aussi est une personne humaine!
)
Category: débat
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19 of jan, 2008 at 12:19
When Jacques Lacan
Sat on the can
Pearls of Wisdom would drop
With a gentle Plop
-Ronald de Sousa
Aujourd’hui dans Libération on peut lire une entrevue assez rigolote avec Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan et héritier actuel de ce dernier.
Miller, dont la secte est menacée par la pénétration des sciences cognitives dans la francophonie, nous ressort les clichés anti-scientifiques habituels pour justifier son poste de ” directeur du département de psychanalyse de l’université Paris-VIII”.
Pour l’héritier de Lacan, tout ce qui est scientifique en psychologie se ramène sous l’étiquette “cognitiviste”. Les cognitivistes, un peu comme les nominalistes chez Grondin, sont les gros méchants dans cette histoire. Ils veulent tout quantifier. Ils veulent tout réduire à des processus effectués par cette masse de Jell-O*. Ils veulent tout contrôler, ce sont des fascistes de la psycho, dignes de l’ancienne URSS. Ils réduisent l’humain à une statistique. Le pire: ils tiennent mordicus à ce que chaque terme possède une définition bien claire.
Les “cognitivistes” ont un plan diabolique: créer une nouvelle espèce humaine qui ne possède pas de “pulsion de mort”, et ainsi rendre caduque la psychanalyse. Ce sont des “débiles mentaux” en proie à “de vrais délires mégalomaniaques”.
(Bigre, il va falloir jeter mes livres de Steven Pinker!)
En revanche les psychanalystes font du “sur mesure”. Ils cultivent l’ambiguïté du langage (ce qui est bien, semble-t-il). Justement Miller nous livre une petite phrase toute lacanienne: “la psychanalyse aussi repose sur le chiffre, mais au sens de message chiffré.” C’est étrange, j’aurais dit “au sens du tas de pognon que gagne un psychanalyste, qui grimpe souvent dans les six chiffres”.
Or la psychanalyse, nous dit Miller, respecte la loi de l’offre et la demande. Les gens veulent de la psyk, on leur en donne. On ne fait rien de mal, et au diable les études qui montrent que l’efficacité est comparable à pas de thérapie du tout. Il faut sortir de la “culture de l’évaluation”, typiquement bolchévique, et laisser le client choisir.
Bref Miller se lance dans une attaque en règle contre la neurologie, caricaturant l’usage de l’IRM, de même que l’étude des neurotransmetteurs et des hormones. C’est “tout à jeter”.
Ça sent la fin pour les lacaniens. On devrait bientôt avoir un best-of et un album “live”, puis les livres de Lacan, dont l’édition est contrôlée par le “siège social” (ça a marché avec L. Ron Hubbard après tout…) iront rejoindre Arthur Janov et ses compères dans le bac à 1$ des bouquineries.
*Cette formulation provient d’une vidéo de l’Église de Scientologie. Tous droits réservés. J’ai simplement cru qu’elle s’appliquait tout aussi bien ici. 
Tags: Jacques-Alain Miller, Lacan, psychanalyse, sciences cognitives
Category: body and soul, imposture
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17 of jan, 2008 at 22:54
Salutations à Stefan, aux arbitres et tous les lecteurs,
Débutons par une petite récapitulation. Si Dieu a créé la morale, alors il a pu déterminer les règles de manière arbitraire (donc ce ne serait plus de la morale) ou rationnelle. S’il a « choisi » les règles rationnellement, alors on peut également accéder à cette morale par la raison, ce qui fait que la croyance en Dieu n’est pas nécessaire pour agir moralement. Il semblerait que même le Pape est d’accord sur ce point: tant mieux, voilà un morceau de moins à débattre.

Un premier point de litige, si j’ai bien saisi le petit “conte” sur l’évolution, est que c’est la raison, moteur de la moralité, qui nécessite l’intervention divine. Sans Dieu, pas de raison: juste des atomes qui entrent en collision, donc pas de morale. [Point J1A, pour simplifier].
Pourtant, il y a abondamment de faits démontrant la théorie de l’évolution, y compris l’évolution de la conscience. On peut toujours postuler un “ingrédient magique” que possèderait l’humain et ne pourrait provenir d’un processus évolutif, mais cela demeure dans le registre des croyances; rien ne le démontre. Un autre problème avec J1A: cet argument fait appel à un “god-of-the-gaps” (ou Dieu bouche-trou). Ce n’est pas parce qu’on ignore encore les détails de comment la conscience a émergé par évolution biologique qu’il faut nécessairement postuler un Dieu, qu’en penses-tu? Et que dire des arcs-en-ciel: encore Dieu qui est dans le coup?
L’autre leçon que je retiens de ton voyage dans le chapeau vide est que s’il n’y a pas de Dieu, alors la vie n’a pas de sens, doncpas de moralité [argument J1B]. Si j’ai bien saisi, tu assumes que dans le “chapeau” (le Weltanschauung athée) la vie ne peut avoir de sens puisque, encore une fois, c’est « juste » des atomes qui entrent en collision.
Certes, à partir de tes propres définitions, il est aisé de dire que sans Dieu la vie n’a pas de sens: après tout, dans ton livre il semble que la question de « sens » est intimement liée à la foi religieuse. Mais tous ne partagent pas ta vision des choses. Personnellement, j’aime beaucoup mes atomes. J’adore l’idée d’être composé de la même matière que le voisin, d’avoir la même origine évolutive. Ça me fait réfléchir sur ma place dans l’univers, m’incite à l’humilité et à l’ouverture. En revanche, je ne trouve guère attirante cette idée chrétienne de fantôme désincarné (l’âme) qui hanterait un tas de viande (le corps). Postuler un « ingrédient magique » transcendant n’ajoute rien, à mon avis, à la réalité de l’expérience humaine. Au contraire, cela amoindrit l’existence en la réduisant à une sorte de réalité virtuelle précédant la véritable existence dans « l’au-delà ».
Il y a environ 100 000 ans, suite au lent bricolage évolutif, l’homo sapiens a émergé. Les premiers monothéismes datent d’il y a environ 6000 ans. Question: si Dieu et moralité vont de pair, comment avons-nous survécu pendant ces 94 000 ans? Si la religion était la seule porteuse de moralité, l’homo sapiens serait éteint depuis belle lurette. En réalité, c’est grâce à de bonnes astuces si nous avons survécu: le partage, la coopération, la réciprocité. La fitness biologique de ceux qui employaient la règle d’or étant plus élevée que celle des resquilleurs, l’évolution nous a rapidement dotés d’une fibre morale, capable même de détecter les tricheurs. Contrairement à la vision hobbesienne d’une nature humaine impitoyable, on réalise vite qu’en fin de compte les bon gars finissent premiers.
Très cordialement,
Guillaume
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10 of jan, 2008 at 22:18
[Pour un affichage plus élégant, voir le message sur le site de Stefan Jetchick.]
Messires les Arbitres,
Distingués cyber-spectateurs,
Noble adversaire,Bonsoir!
J’ai un peu l’impression d’être assis sur mon cheval, avec mon armure et ma lance, et de voir Sire Guillaume crier «À l’attaque!» pour ensuite foncer dans les spectateurs!
Youhou, Guillaume, je suis ici! C’est moi qu’il faut attaquer!
(J’aime taquiner mes adversaires!)
Sérieusement, il y a des choses sur lesquelles nous sommes déjà d’accord, et qui en plus n’ont pas rapport au débat:
- Plusieurs religions sont cinglées.
- La morale naturelle existe, on peut la découvrir avec la raison, sans la Foi.
- Si le bien et le mal ne sont que des étiquettes collées sur des actes, par pure convention humaine, pas besoin de Dieu pour avoir du «bien» et du «mal».
- Ce que certaines personnes considèrent comme étant «bien» ou «mal» dépend de multiples facteurs bizarres
(coutumes ancestrales, taux d’alcoolémie, superstitions…)
- Etc.
Mais le sujet du débat est: «Si Dieu n’existe pas, le bien et le mal peuvent-ils exister?»
Il faut donc faire comme un magicien: d’abord montrer que le chapeau est bien vide (éliminer Dieu), pour ensuite en tirer un beau lapin (montrer que le bien et le mal continuent d’exister).
Plongeons donc dans un chapeau vide!
Pas de Dieu. Il n’y a que des atomes qui se foncent dedans, au hasard. Quelles combinaisons prennent-elles? Celles qu’elles prennent, au fil des années. C’est un peu comme l’odomètre d’une voiture qui change de numéro, kilomètre après kilomètre (mais sans toujours augmenter).
À un moment donné, un tas d’atomes forme la première cellule vivante. La vie est-elle «sacrée» pour autant? Non, pas de Dieu, pas de «sacré». Le numéro sur l’odomètre a changé, tout simplement.
Plus tard, des pattes poussent sur un poisson, et il sort de l’eau. Les autres poissons devraient-ils hurler: «Tricheur! Pas le droit d’avoir des pattes!» Non. Le numéro sur l’odomètre a changé, au gré des lois de la physique.
Ces lois sont-elle Dieu? Non. Elles sont. Vont-elles changer? Pourquoi pas?
Un jour, une sorte de singe se met à «réfléchir». Que dis-je!
Les atomes dans son cerveau se foncent dedans de manière à produire des courants électriques différents, dans ses neurones. Les singes normaux devraient-ils lui hurler: «Pas le droit de devenir libre et raisonnable!» Non. Le numéro sur l’odomètre a changé.
D’ailleurs, comment un tas d’atomes pourrait-il être «libre»? Le cerveau humain est tout simplement un tas d’atomes trop compliqué pour que nous puissions prévoir le comportement d’un individu (pour l’instant). L’homme est-il le «Sommet de l’Évolution»? Le concept de «sommet» n’a aucun sens. «L’Évolution» avec un grand «E» n’est pas un Dieu qui guide nos destinées. En fait, en se basant sur la biologie, il est plutôt probable que l’homme n’est qu’un numéro de l’odomètre, et que d’autres organismes surgiront (ou commencent déjà à surgir parmi nous). La distance entre notre «numéro» et leur «numéro» pourrait bien être plus grande que celle du poisson à pattes comparé au poisson sans pattes, ou de l’homme comparé au singe.
Faut-il lutter pour préserver l’humanité? La question n’a pas de sens. Nous allons agir, selon les chocs des atomes dans nos cerveaux. Cela va-t-il nous faire disparaître de la face de la Terre? Peut-être. Pourquoi pas? Les dinosaures ont bien disparu.
Le «bien» et le «mal» existent-ils? Si l’athée dit «Non» en public, ça pourrait nuire à sa carrière. Moins d’argent, moins de plaisir. Donc il dit «Oui». Qui va savoir qu’il ment? Dieu?
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Réponse point-par-point (facultative, pour les lecteurs zélés!)
En passant, Guillaume, on s’était mis d’accord sur 50 lignes, mais une «ligne» c’est un peu vague, alors j’essaie d’avoir environ le même nombre de mots que toi. (Ton premier courriel a environ 585 mots, la première partie du mien environ 575.)
>> La position que je défendrai est que
>> l’existence d’un être transcendant créateur du monde n’a aucune
>> incidence sur l’existence du bien et du mal […] Autrement dit,
>> ce qui est bien ou mal l’est indépendamment de l’existence de Dieu
Ah! D’entrée de jeu, une prise de position claire et virile!
Merci!
(Guillaume, tu devrais donner des cours de clarté et de virilité aux évêques catholiques du Québec!)
>> Je démontrerai également que l’association fréquente de la moralité à
>> la religion est purement contingente.
C’est sûr que tu peux prouver plus de choses que ce qu’on te demande. Mais si j’étais toi, je n’ambitionnerais pas trop. Déjà, juste pour définir correctement le mot «religion» dans ta phrase ci-dessus, tu aurais tout un mal de tête.
>> J’estime qu’il y a des actes moraux
>> corrects et d’autres incorrects, le plus souvent désignés par les
>> étiquettes «bien» et «mal».
Mais n’oublie pas que le but de notre débat n’est précisément pas sur n’importe quoi. (Sinon je vais mettre une étiquette«Prix de 1000$» sur n’importe quoi!)
>> nous pouvons nous donner (en société) des
>> règles de conduite maximisant le bien-être et minimisant la souffrance
>> et la discorde.
Concedo, mais à certaines conditions.
Exemples de ces conditions:
- Définir «bien-être» comme étant «secondairement le plaisir physique». (Si le plaisir physique est la seule règle de «bien» et de «mal», moi ça va me donner beaucoup de plaisir de garder mon 1000$!)
- Définir «nous donner en société» comme «constater tous ensemble l’existence d’une Loi naturelle qui existe indépendamment de nos conventions sociales».
- Etc.
>> Par l’étude empirique et philosophique de l’être
>> humain, de ses besoins et de sa constitution
Dit d’une autre façon, «Il serait mauvais de baigner un bébé dans l’acide sulfurique, à cause de la nature même du bébé.» En d’autres mots, comme le bien est ce qui convient, ce qui perfectionne un être, en étudiant rationnellement et philosophiquement l’être humain, on peut découvrir la morale naturelle.
Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!
(Sauf que s’il n’y a que des atomes qui se foncent dedans au hasard, le concept de «ce qui convient», de «perfection», s’évanouit.)
>> J’afficherai donc ouvertement une confiance dans la raison humaine
Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!
>> [ce n’est pas] notre adhésion à des
>> dogmes, qui nous rend des êtres capables de morale
Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!
>> la morale [ne concerne pas les] fantômes.
Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!
>> la morale [ne concerne pas] les anges.
Personne n’est d’accord avec ça, surtout pas le Pape!
Toi, tu as une raison et une volonté. Tu peux voir qu’un acte est bon avec ta raison, et librement décider d’agir bien ou mal.
Si on postule l’hypothèse d’un être doué de raison et de volonté, mais pas doué d’un corps matériel, cet être aurait, comme toi, tout ce qu’il faut pour agir moralement.
(Et oui, même le Pape est d’accord avec toi qu’en philosophie, on ne peut pas prouver l’existence des anges.)
>> qu’est-ce que voler le bien du voisin? […] Dieu, les
>> anges, les esprits n’interviennent [directement, prochainement]
>> nulle part dans ce raisonnement.
Tout le monde est d’accord avec ça, même le Pape!
>> telle autre religion croit que le sida est causé par le
>> «péché d’homosexualité»
Ah oui? Laquelle? La religion catholique enseigne que le SIDA est causé par un rétrovirus:
“The etiologic agent of AIDS is HIV, which belongs to the family of human retroviruses and the subfamily of lentiviruses. […] Electron microscopy shows that the HIV virion is an icosahedral structure containing numerous external spikes formed by the two major envelope proteins, the external gp120 and the trans-membrane gp41.”
[Harrison’s Principles of Internal Medicine, 14th ed., p. 1792]
Tzigidou!
Stefan
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