21 of Jul, 2009 at 18:09
Derrida annonce qu’il va nous parler de l’ethnocentrisme, qui aurait dominé l’étude du langage, mais aussi du logocentrisme. On sent venir une affirmation du primat de l’écriture, l’écriture phonétique étant le grand ennemi. Venant de Derrida, on peut voir là une certaine ironie : son nominalisme rampant, s’approchant souvent du vaudou, aurait dû lui faire comprendre à quel point la sonorité des mots pèse dans son propre esprit.
Les sciences, apprend-on, sont déjà en voie de libération de la parole puisqu’elles emploient un langage « non-phonétique » (il serait plus approprié de dire formel). Effectivement, une solide linguistique permet justement de tenir compte des multiples contingences du langage et s’approcher d’un langage formel. Mais, désolé pour Derrida, cela implique aussi d’aller vers une écriture plus phonétique. D affirme le contraire :
Il appartient néanmoins à notre époque qu’au moment où la phonétisation de l’écriture — origine historique et possibilité structurelle de la philosophie comme de la science, condition de l’epistémè — tend à s’emparer de la culture mondiale la science ne puisse plus s’en satisfaire en aucune de ses avancées. (pp 12-13).
L’affaire est déjà risible. Instatisfait du cadre trop restreint qui lui permet de s’exprimer, Derrida décide d’enterrer son propos derrière encore plus de ce langage insatisfaisant. L’approche la plus rationnelle aurait été d’employer ou inventer des outils qui permettent la communication, pas de fuir dans l’obscurantisme. C’est ce que font les scientifiques, et une bonne part des philosophes.
La société ne donne pas à Derrida les outils dont il a besoin pour communiquer sa vaste sagesse. Soit. Mais il aurait été possible de construire de nouveaux outils de communication. Derrida échoue en la matière, et du coup devient le premier et meilleur exemple de l’échec de son système.
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13 of Jun, 2009 at 12:50
Le premier essai est l’esquisse d’une conférence donnée à la Sorbonne en 1991. Ça commence en force:
S’il fallait résister à l’analyse, encore faudrait-il savoir d’où vient et ce que signifie ce « il faut». Encore faudrait-il l’analyser.
Un beau jeu de mot! Il faut analyser pourquoi on résiste à l’analyse. Et pourquoi il faudrait procéder à cette analyse selon la grille de la psychanalyse? Parce que dans psychanalyse, il y a le mot analyse. Chez Derrida, un calembour est-il considéré comme un argument? (Mais attention, dans argument, il y a ment.)
Les lignes suivantes se résument bien par cette phrase de D lui-même:
bien des « il faut », et des « il y a », et des « résistances » qui semblent pourtant s’organiser autour d’un sens provisoirement tuteur de l’analyse
Autrement dit, Derrida se pose des questions concernant l’analyse. Ça tombe bien, puisque c’est le thème de la conférence. Ça lui a pris deux pages pour nous dire que les questions concernant l’analyse concernent l’analyse. (J’aime les tautologies: elles sont toujours vraies!)
Derrida nous parle ensuite de son amour pour le mot résistance. (Nominalisme?) Ça sent l’allusion à 1789, à la Commune de Paris, à mai 68. Il y a un autre jeu de mot entre “l’ombilic d’un rêve” (sensation vague qui demeure au matin) et le nombril au sens de nombrillisme. Nombrillisme car Derrida pourrait parler de sa résistance à l’analyse, et car la résistance en politique française est un sujet qui le passionne. Pourquoi il nous dit tout ça? Ah oui, pour nous dire que la conférence ne portera pas là-dessus, sauf s’il cède à la tentation de nous en parler. Mais il vient de nous en parler, non?
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13 of Jun, 2009 at 0:29
C’est l’été, quoi de mieux que des lectures amusantes? Tiens, les Résistances de la psychanalyse, de Derrida. (Galilée, Paris, 1996). Pourquoi pas. D’après le titre, il semble que monsieur D va nous dire que si on critique la psychanalyse, c’est qu’on en a grand besoin, qu’on fait du déni, etc. Quelque chose dans ce registre. Ou peut-être pas. On verra bien.
La première section, Avertissement, nous apprend que le livre est un recueil de trois textes ayant servi d’esquisses pour des conférences données au début des années 1990. Le premier texte traite de Freud (bien envie de voir ce que D en dit), puis Lacan (pas étonnant) et enfin Foucault.
Derrida déplore que la psychanalyse soit devenue comme un vieux remède qui traine au fond de la pharmacie et qu’on utilise faute de mieux. L’analogie me plait, mais pas pour la même raison que l’auteur.
Je m’attends maintenant à ce que Derrida annonce qu’il compte employer le concept psychanalytique de résistance afin de dire que les anti-psychanalyse sont des névrosés profonds, argument facile et sans valeur. Un passage me rassure partiellement:
On pourrait sans doute étudier le retour de cette résistance-à-la-psychanalyse en s’inspirant du discours freudien sur la « résistance-à-l’analyse ». Ce n’est pas la voie privilégiée par ces trois essais.
FIOU! Les “trois essais” auraient été particulièrement cons si ça avait été le cas. Il s’agira plutôt, semble-t-il, de traiter des résistances de la psychanalyse à elle-même. Apologétique de la psychanalyse? Ce n’est pas très clair.
Tout de même. On note que Derrida admet qu’il aurait pu parler de la résistance à la psychanalyse comme d’une névrove, ce qui est déjà alarmant. Je parie que cet Argument Bidon (scepticisme = déni) va quand même se pointer le bout du nez éventuellement.
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