dechamplain - the material soul

Éthique et culture religieuse, rien ne va plus

20 of mai, 2008 at 23:46

Le MELS a mis une vidéo d’information sur son site. C’est assez rigolo (ou épeurant). En fait, c’est exactement comme je craignais.

1) On présente aux enfants des personnages cliché, par exemple Machin qui vient du Cameroun, et qui est donc un… (complétez la phrase). La culture est identifiée à la religion, et inversement. Ridicule. Et susceptible d’alimenter les stéréotypes alors que le programme visait l’inverse.

2) Aucune trace des spiritualités alternatives, d’athéisme, d’humanisme, etc. Discrimination flagrante puisque les enfants devront parler de leur religion, par exemple en faisant un “show and tell” sur un objet provenant de leur “culture religieuse”, comme un cierge de baptême. Je m’imagine déjà la petite Océane, agnostique, 10 ans, faire son exposé sur “son cerveau”, objet au centre de sa culture. Ce genre d’anecdotes fera sans doute du cours d’ÉCR une mine d’or pour les média.

3)  Tout le monde il est beau, tout le monde il est fin… C’est niaiseux comme tout. J’ignorais qu’il fallait être gaga pour parler d’éthique.

4) Au sein de ce cours, les enfants sont en quelque sorte contraints à être plus religieux qu’ils ne le sont réellement. On les oblige à se définir en fonction de leur religion (voir point 1) alors que la plupart des québécois ne pratiquent aucune religion.

5) Dans l’extrait vidéo, le québécois non-pratiquant est celui qui “prie à chaque soir avec ses filles”. C’est… drôle.

6) Le dépliant disponible sur la même page web définit clairement le cours d’ÉCR comme une sorte de nouveau cours d’enseignement religieux, version oecuménique.

Le pire est que Georges Leroux nous cassait récemment les oreilles avec sa doctrine Lockéenne (Locke voulait qu’on exclut les athées et les catholiques de la société),  arguant que le programme n’était ni pro-religion ni-contre (mensonge!). Pour se fier sur Locke en terme de tolérance religieuse, il faut avoir un sérieux problème de repères.

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Éthique et culture religieuse

19 of avr, 2008 at 11:28

Pour ceux qui s’intéressent au futur cour d’Éthique et Culture Religieuse, il y a un peu d’action ces jours-ci du côté humaniste. Je donne ici ma position en version ultra-abrégée:

NON à la complaisance et au révisionnisme dans le but de se donner bonne conscience pour nos bévues passées.

OUI à l’enseignement du fait religieux.

NON à l’exclusion des spiritualités alternatives et visions du monde non religieuses ou para religieuses. Positions qui, regroupées, sont d’ailleurs majoritaire au Québec.

NON au biais lors de l’exposé des religions.

OUI à l’objectivité et à l’approche anthropologique.

P-S Je suis en train d’écrire une belle mise en demeure à monsieur Jetchick. Je me retiens de faire un truc à la Hunter S. Thompson…

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Je suis un prophète!

15 of déc, 2007 at 11:12

Il y a deux jours j’écrivais “cours de culture religieuse: Dumont ment, et il le sait“.

Dans la Presse d’aujourd’hui André Pratte signe un article intitulé ”Dumont ment”.

Les deux textes portent sur la démagogie dumontesque concernant le cours d’éthique et culture religieuse. J’affirmais que Dumont “ment en connaissance de cause”, Pratte dit plutôt que:

“Le député de Rivière-du-Loup ignore donc sciemment les faits lorsqu’il laisse entendre que Noël et «la naissance de Guru Nanak» sont placées sur un pied d’égalité.”

Bref, son article est bien meilleur, mais je l’ai devancé quand même. Gnagnagna, lalalèreuh!

-GL

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Cours de culture religieuse: Dumont ment, et il le sait

13 of déc, 2007 at 8:39

Et il ment en pleine connaissance de cause. Démonstration en deux moments.

Un: Dumont affirmait, en date du 12 décembre, que le cours ne donne pas une place prépondérante aux religions chrétiennes. Ce qui est faux. Il suffit de lire le programme (pdf) pendant 2 minutes pour réaliser que Dumont ne dit pas la vérité.

Deux: Dumont ne se trompe pas, au sens où il ne s’agit pas d’une simple méprise. Il sait qu’il ment. Au moins deux indices nous révèlent l’arnaque.

D’abord, Dumont reprend les même clichés mal informés qu’agitent les fondamentalistes de la coalition pour la liberté (sic) en éducation: crainte de semer la “confusion”, relativisation des croyances, dilution des valeurs fondamentales du Québec (c’est lui qui le dit, pas moi) dans une vaste “soupe”, etc. Cela montre qu’il n’y a pas de réelle réflexion derrière la déclaration du chef de l’ADQ, mais plutôt un plaquage évident de mèmes et des “opinions  du vrai peuple” (sarcasme ici), qui ressortaient dans un sondage récent. Bref, il se fout de la vérité, préférant flatter l’opinion publique: la définition même de la démagogie.

Deuxième indice: Dumont sait qu’il ment, et il se protège même contre une éventuelle mise à nu (ou “debunk”) en réduisant sa critique à une petite portion du programme (les pages 69 à 73). Il sera ensuite facile pour lui de se défendre, lorsqu’il sera confronté, en affirmant que sa déclaration a été prise hors contente et qu’il ne visait que la partie du programme qui expose différents rites. Il ment, et se prémunit même un échappatoire. C’est fort, quand même.

——

Dans un autre ordre de toast, euh, d’idées, je rencontre plus tard ce matin le philosophe danois Vincent Hendricks, qui a raflé les prix et l’attention dernièrement pour son excellent Mainstream and Formal Epistemology. Mario Dumont lui, ne rencontre pas de philosophes danois, ou de quelconque nationalité, ni aujourd’hui, ni jamais. Gnagnagnan! Lalalalalèreuh!

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Cours de religion obligatoire: Dan Dennett

3 of déc, 2007 at 14:46

J’ignore si le philosophe Daniel Dennett a entendu parler de notre nouveau programme d’Éthique et Culture Religieuse, mais il a affirmé dernièrement, lors d’un débat, que l’éducation religieuse devait être obligatoire. En fait, pour Dennett, il est tout aussi important de connaître les religions que de savoir lire, écrire et compter. C’est dans cette vidéo que ça se passe.

Le débat est très intéressant au sens où Dennett répond à des objections de son adversaire, Dinesh D’souza, qui semblent être très similaires aux objections adressées au cours d’éthique religieuse.

Ce que propose Dennett est d’enseigner des faits testables et reconnus concernant les religions mondiales: leur histoire, leurs traditions, la musique particulière, les symboles, les commandements éthiques, les interdits, etc. Pour le reste, les parents peuvent s’en charger, en vertu des principes de liberté de religion. “Dans la mesure où l’on enseigne aux enfants ce curriculum, [les parents] peuvent leur enseigner ce qui leur plaît (…) dans la mesure où cela ne les empêche pas de s’informer par eux-même éventuellement.”

Le problème que peut poser un tel cours à certains est que les parents craignent que cela revient à enseigner que toute religion est fausse. En enseignant des faits au sujet des religions, nous disent nos amis pour la “liberté d’éducation” ainsi que D’souza, on enseigne la religion en tant que phénomène naturel, en tant que mythe.

Or ce n’est totalement pas le but que Dennett s’était fixé (ni celui du cours qui existe ici au Québec). En fait, un cours de religion soutient et encourage le libre exercice de la religion. L’argument de Dennett est simple:

  • Toute religion a sa version “toxique” (ou extrémiste) ayant une dimension antisociale et dangereuse.
  • Toutes les variantes “toxiques” des religions se basent sur le maintient des jeunes dans l’ignorance (totale ou de certains faits.)
  • Un cours obligatoire sur les religions du monde ne peut que “vacciner” les jeunes contre les variantes toxiques, permettant alors le libre exercice de la religion.
  • En éliminant la possibilité de maintenir ce climat d’ignorance, les variantes “toxiques” ne pourrons plus renouveler leurs fidèles par l’endoctrinement et disparaîtront d’elles-mêmes, éliminant du même fait l’hostilité, les préjugés et la généralisation dont souffrent plusieurs religions.

Dennett en profite pour ajouter que les parents ne sont pas les “propriétaires” de leurs enfants, mais les gardiens, guides et tuteurs. Par conséquent, les parents sont redevables concernant la manière dont ils ont contribué (ou non) à l’éducation de leur enfant. Croire que les parents n’ont pas de comptes à rendre concernant ce qu’ils enseignent (ou pas) à leurs enfants, c’est objectiver l’enfant et retourner dans une logique de propriétaire d’esclave.

Quels genre de faits devrait-on enseigner au sujet de la religion?

Dennett poursuit en donnant quelques exemples de ce qui pourrait faire partie du cours.

  • Qu’est-ce que l’hindouïsme? Quel est le dieu (les dieux?) hindou? Quelles sont les fêtes religieuses hindoues?
  • Dans l’islam, qui était Ali? Pourquoi y a-t-il des sunnites et des chiites? Quels sont les cinq piliers de l’islam?
  • Quelles sont les principales branches du christianisme? À quoi ressemblent les différentes églises chrétiennes?
  • Dans la religion mormonne, qui était Joseph Smith? D’où vient la Bible des mormons? Comment Smith a-t-il pu déchiffrer le texte du livre de Néphi?
  • Qu’est-ce que le cargo-culte? Qui était John Frum?
  • Qu’est-ce que la Hagia Sophia, à Istanbul? Qu’est-ce que le Vatican? Où est le Vatican?
  •  Etc.

Les réponses à ce genre de questions sont fort simples et peuvent être expliquées en quelques minutes: l’exigence de Dennett est tout à fait réaliste. Il n’y a aucune controverse ici, ce sont des informations concernant ce que tel ou tel groupe de personnes croient. 

Pourquoi donc est-ce que des parents voudraient cacher à leurs enfants ce genre d’information? De quoi ont-ils peur?

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Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement la théorie somatique des émotions.