dechamplain - the material soul

You guys should know better

20 of nov, 2007 at 21:13

J’espérais être éclairé par la prise de position de l’Institut Simone de Beauvoir par rapport à la Commission dite Taylor-Bouchard. J’avoue n’y avoir retrouvé que les mêmes amalgames et confusions qu’on peut lire dans les journaux et entendre de la part de plusieurs citoyens intervenant lors des séances de ladite commission. Grande déception. J’espère avoir mal lu ou mal compris. Je vous laisse juger, mes chers quatre lecteurs:

So, why call into question the legitimacy and the effects of the Commission? 1. because although we see the urgent need for dialogue about racism and sexism in Québec society, we object to how this consultation process has been undertaken. Listening to people “air out” their racism is not conducive to promoting critical reflection and dialogue, but instead creates a climate of fear-mongering and moral panic. Furthermore, in asking whether or not “difference” and “minorities” should be accommodated the commission assumes and perpetuates “commonsense” racist understandings of some “cultures” as homogeneous, backward and inferior. In addition, the Commission’s reliance on the notion of “reason” must also be critically examined. Historically, white men have been positioned as the exclusive bearers of reason, and the Commission runs the risk of reproducing this in a context of ongoing social inequality.

D’abord, l’enjeu central de la Commission n’est pas le racisme ni le sexisme, mais la place de la religion (n’importe quelle religion) dans la société. Il y a eu de nombreuses dérives venant de toutes parts, y compris de messieurs Taylor et Bouchard, mais en théorie, cette commission concerne la laïcité.

Tout en reprochant à la Commission d’accorder indûement la parole à des racistes qui s’imaginent que les immigrants sont un bloc homogène de musulmans rétrogrades, l’Institut tombe dans le même type d’amalgame, et ce tout au long de sa déclaration. Je résume: la Commission porte sur la place de la religion, mais la religion n’est pas la “race”. La religion n’est pas la culture, bien qu’elle puisse en faire partie.

La religion est un ensemble structuré de croyances concernant des êtres surnaturels et visant à entrer en lien avec ceux-ci. Dans de nombreux cas, la religion est couplée à une idéologie éthique et politique. S’il s’avère que certains éléments de cette idéologie contrastent avec nos idéaux de démocratie et d’égalité ou, pire, avec les lois, il est tout à fait normal de s’en indigner. Il n’y a, par ailleurs, aucunes raisons de tolérer,  sous prétexte qu’elle est religieuse et que la religion est partie intégrale de la culture, une pratique qui serait méprisée dans d’autres circonstances.

Ce que je vise ici et qui plane au-dessus de la déclaration de l’Institut, c’est une sorte de relativisme culturel qui, en plus d’être inacceptable, contredit totalement les idéaux féministes. On y revient dans quelques lignes.

 2. because the design of the Commission and the language of “accommodation” assumes and perpetuates a system of power whereby western “hosts” act as gatekeepers for non-western “guests.” A better consultative process would start with the recognition that Canada is a white-settler state, and that its history is one of colonial and patriarchal violence against Indigenous people.

Cette partie, bien intentionnée, semble tout de même confondre le fait de vouloir imposer sa culture au respect des lois et des principes de la constitution canadienne. Nous avons une charte des droits et libertés qui s’applique à tous les citoyens. S’il s’avère qu’un immigrant ne souhaite pas s’adapter à ce nouveau code (et honnêtement je peine à trouver un exemple réel) alors il ne devrait pas vivre au Canada, tout simplement. Ce principe peut sembler sévère, mais il faut le distinguer de ce qu’on entend parfois à la Commission (exemple “qu’ils s’adaptent ou qu’ils retournent chez eux”). Il ne s’agit pas d’imposer notre culture et nos modes, mais de faire respecter nos lois et chartes.

Pour ce faire, il y a des policiers et des tribunaux, il y a la Commission des Droits de la Personne, il y a les ombudsman. Les maires Tremblay, cardinal Ouellette et chantres de la culture “pure laine” ne sont ni nécessaires, ni désirés.

 3. because the public debates that the Commission has sparked construct certain ethno-cultural communities as perpetual outsiders and as threats to Québec identity rather than as integral to it. Concerns about ethno-cultural others as socially regressive obscure the everyday homophobia, sexism and racism that pervade Québec society.

Concern trolling. Ce paragraphe sous-entend qu’il est mal de s’attaquer à l’homophobie véhiculée par certaines religions (soyons précis, par l’Islam) puisque cela nous détourne de l’homophobie que l’on rencontre au quotidien. Or on peut très bien lutter sur plusieurs fronts. Toute forme de sexisme et d’homophobie doit être critiqué. Si je vois une association musulmane émettre des propos franchement sexistes, je ne vais pas m’empêcher de la critiquer sous prétexte qu’il s’agit de religion.

En revanche, associer les immigrants à de violents rétrogrades pour se donner bonne conscience en tant que “québécois pure laine” est tout simplement dégueulasse, j’en conviens.

 4. because the ways that the Commission has been represented in mainstream English media promotes the idea that racism is a feature exclusive to Québec society and is not a problem — or is less of a problem — in the rest of Canada.

Ce n’est pas un problème avec la Commission, mais avec les médias. Il y a plein de problèmes avec cette Commission et j’aurais aimé que l’Institut les aborde de front.

 5. because the preoccupation with veiled women serves to deflect from the sexism and racism that has historically pervaded Québec and Canadian society. As feminists, we must challenge our complicity with the state’s violence against women both in its colonial relations with Indigenous people and in its use of the figure of the veiled woman as an alibi for imperialist war and occupation in Afghanistan.

Autrement dit, les Québécois utilisent la problématique du voile pour se cacher à eux-même le fait qu’ils ont été de méchant colonialistes et qu’ils occupent l’Afghanistant. WTF? La majorité des Québécois sont contre la guerre! Quelqu’un peut dire “non sequitur”?

6. because appeals to secularism as a guarantor of gender equality effectively function to promote Christian culture as the norm and to scapegoat Muslims as inherently sexist, erasing secular forms of sexism.

La laïcité promouvoit le catholicisme comme norme? Re-WTF! (pdf) Dans les faits, les catholisicants veulent imposer leur religion comme “principe fondateur de la société” (je paraphrase le maire  Jean-Marie Tremblay) en s’imaginant que le crucifix est un talisman contre l’infâââââme religion de l’Autre.

La laïcité québécoise vise plutôt à assurer le respect de l’autre et garantir la liberté de religion - dans la limite de ce qui est permis par la Constitution, ce qui ne pose pas de problème à 99,9% des gens. Il y a eu quelques dérives provenant d’individus qui n’ont pas particulièrement bien compris ce qu’est la laïcité, certes, mais ici également il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier.

7. because although it is still underway, the Commission has already prompted the proposal of laws that could restrict, regulate, and otherwise impede the lives of immigrant and racialized people in Québec.

C’est à dire… ? Pas que je doute que ce soit le cas, mais on aurait apprécié une certaine élaboration.

8. because regulating women’s public religious expression is gender discrimination insofar as it takes away women’s freedom and inhibits their civic participation.

Tout à fait. Cependant vous conviendrez que l’expression religieuse, bien que respectée, voire encouragée (au nom de la liberté de pensée) est circonscrite par le cadre de la loi. Nul n’est au-dessus des lois (ignorons sagement les “lois” absurdes de Hérouxville). Encore là, je doute que cela pose problème. En fait, parmi les rares cas où cela a effectivement posé problème dans le passé, il n’y avait pratiquement que des chrétiens d’impliqué.

9. because the CSF is failing to meet its mandate of “defending the interests of women.” The CSF would better serve the interests of women in Québec by focusing on the conditions of poverty, violence, criminalization and racism that many of us face, and not on what women wear.

Absolument mais j’apprends à l’instant que la Commission porte sur les vêtements de femmes. Je croyais que l’enjeu central était la place de la religion dans la société…

Épilogue: ce manifeste tombe dans un cliché assez répandu consistant à dire qu’il est inutile d’apprendre le français pour vivre ici puisque “it’s not even real French”. On nous dit, à la place, que nous ne vivons pas dans une vraie république démocratique en raison de notre passé colonialiste, et que nous ne sommes pas de véritables défenseurs des droits de la personne puisque nous avons une présence militaire en Afganistan et que certains de nos citoyens sont sexistes ou racistes. Par conséquent, il n’y a pas d’intérêt à s’assurer du respect de la Constitution par les citoyens d’origine étrangère. Suintant la condescendance, dégoulinant d’intellectualisme, le propos de l’Institut est, au mieux, un coup d’épée dans l’eau.

Pour reprendre le dicton de Godard: si vous voulez être un révolutionnaire intellectuel, ne soyez pas un intellectuel.

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Comments (1)

Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement l'évolution des émotions selon Tooby et Cosmides.