dechamplain - the material soul

Le SSSM est-il un homme de paille?

25 of Jan, 2009 at 11:44

Extrait d’un brouillon d’un premier jet du chap. 3 de mon mémoire…

Le terme Standard Social Science Model (SSSM) vient de “The psychological foundations of culture”, article ouvrant The Adapted Mind (T&C1992). Le noyau du SSSM est la conception de l’esprit humain en tant que tabula rasa modelée avant tout par l’environnement (Cornwell et al. 2008). L’individu viendrait au monde comme une page vierge, et recevrait le gros de ses contenus mentaux via l’environnement ou la “culture”. Cette emphase sur l’influence de l’environnement mène Tooby et Cosmides à qualifier cette position “d’environnementalisme”.

Plusieurs ont accusé Tooby et Cosmides d’attaquer un homme de paille avec le SSSM. Avant de détailler quelques critiques adressées au modèle psychoévolutionniste en tant que tel, nous répondrons brièvement à cette accusation fréquente.

D’abord, le SSSM existe-t-il? Après un inventaire de la littérature, Cornwell et ses collègues ont jugé que le SSSM n’existe pas réellement en psychologie, mais serait encore caractéristique en sociologie. La raison de cet écart paradigmatique serait que la psychologie, étant plus ancrée dans le biologique, serait en quelque sorte immunisée contre le SSSM, alors que la sociologie, de par sa nature même, entretiendrait une mentalité plus similaire au SSSM (Cornwell et al. 2008, 270). L’accusation d’homme de paille est donc au moins à demi fausse.

Par ailleurs, une lecture plus approfondie montre que le SSSM n’est une conception précise à laquelle les auteurs seraient censés adhérer ou pas. Il s’agit plutôt d’une mentalité générale qui, selon Tooby et Cosmides, handicape les sciences humaines. (T&C 1992). Les auteurs reconnaissent que le SSSM correspond à des concepts dépassés (T&C 1992, 33). Ce qui les préoccupe est que les différentes disciplines des sciences humaines n’ont pas encore complètement révisé leurs conceptions, ce qui, craignent T&C, nuirait à leur évolution.

Finalement, Tooby et Cosmides n’accusent pas les environnementalistes de nier l’existence d’une structure mentale innée.(1) (Krebs & Climenhage, 2005). Ils reconnaissent au contraire que le consensus actuel est qu’il existe des structures innées. Même Skinner, rappellent-ils, admettait qu’il existait des structures universelles innées, ne serait-ce que la capacité au conditionnement opérant. Autrement dit, bien que la tabula rasa lockéenne ne soit pas en vogue, on se butte tout de même à son itération actuelle: “the tabula rasa’s fully modern equivalent, the general-purpose computer. Such a computer doesn’t come pre-equiped with its own programs that tell it what to do, but instead - and this is the essential point - it obtains the programs that tell it what to do from the outside, from ‘culture’.” (T&C 1992a, 29).

Ainsi, le vrai débat ne se situerait pas au niveau de l’existence, mais de la nature (centralisée ou modulaire) de la structure mentale innée: “Does the mind consist of a few, general purpose mechanisms, like operant conditioning, social learning and trial and error induction, or does it also include a large number or specialized mechanisms (…) ?” (T&C 1992, 39)

En résumé, le SSSM est possiblement un homme de paille, du moins en psychologie, mais cela semble tout à fait assumé par T&C. Ceux-ci souhaitent, en mettant de l’avant cet épouvantail, confronter le milieu à ses propres retards conceptuels en ce qui concerne l’évolution des processus mentaux.

(1) Réciproquement, contrairement à ce que plusieurs ont prétendu, notamment dans un volume publié par Rose et Rose, Tooby et Cosmides n’affirment pas que l’environnement n’a aucun rôle à jouer dans le développement (Rose & Rose 2000, dans Kurzban 2002). On ne peut nier que l’individu est en relation avec son milieu, et donc influencé par lui. (T&C 1992, 122)

Bibliographie

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“Sur quoi tu fais ta maitrise?”

12 of Mar, 2008 at 13:40

 Pour l’instant, c’est ça:

Un reproche souvent formulé à l’égard de la théorie de l’évolution est qu’elle ne pourrait fournir d’explication suffisante des phénomènes mentaux complexes, notamment des émotions. J’arguerai que ce vide conceptuel est largement causé par une mauvaise conception des émotions et de leur lien avec le corps propre. En concevant les émotions comme réactions à de changements physiologiques (selon Prinz, 2004), il sera possible de fonder un modèle cohérent et compatible avec une explication évolutionniste (de Sousa, 2007).

Certains auteurs des sciences sociales, comme Margaret Mead et, plus récemment, J.R. Averill, conçoivent les émotions comme des processus mentaux complexes principalement issus d’un apprentissage culturel, et donc non soumis à des pressions de sélection naturelle. Après avoir analysé leurs arguments, nous examinerons la conception dennetienne de la conscience, qui nous permet de montrer que les émotions peuvent en fait être conçues comme des adaptations. Cette perspective est étoffée dans la théorie somatique des émotions de Damasio, puis de Prinz, dont j’étudierai les aspects principaux. Cette théorie doit être lue à la lumière des développements récents en psychologie évolutionniste. Cette étude nous permettra de mieux comprendre si les émotions sont vraiment le fruit de l’évolution par sélection naturelle.

La première section du mémoire analysera ce que sont les émotions selon Averill, et pourquoi s’agirait-il d’un phénomène mental ne pouvant être expliqué par l’évolution. Seul le corps étant effectivement sujet aux pressions sélectives, la seconde partie reprendra l’analyse de Dennett afin d’établir un lien entre émotions, conscience et corps. Sur ces bases, le chapitre suivant décrira la théorie somatique de Damasio et celle de Prinz, de même que quelques notions de psychologie évolutionniste. Finalement, la dernière section portera sur l’évolution des émotions, suivant les travaux de de Sousa.

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Comments (1)

Zombie philosophique

Je suis finissant à la maitrise en philosophie. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation.