12 of mar, 2008 at 13:36
C’est décidé! Je vais assister au “boot camp” de l’Institut de Sciences Cognitives de l’UQAM. 9 jours de cours intensifs avec des gros noms dont Dan Dennett et Jesse Prinz.
Le camp de l’ISC, sorte de gros Woodstock pour les étudiants qui s’intéressent à la cognition, en est à sa deuxième année. Juste à voir la liste des séminaires, je salive. Wow.
Tags: ISC, sciences cognitives
Category: misc, philo
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22 of fév, 2008 at 22:50
En prévision d’un article pour la revue Ithaque je publie ici un extrait d’un texte rédigé l’an dernier pour un séminaire d’épistémologie.
Je vous donne le contexte. En neurologie, certains considèrent que l’information est “triée” (on dit qu’elle décusse) dès les premières étapes de la perception. L’information concernant va aller se faire traiter par une zone du cerveau, tel autre type ira à tel autre endroit, etc.
Le problème est qu’à ce niveau de traitement, il est difficile de croire qu’un ganglion puisse “savoir” s’il s’agit de tel ou tel type d’information. (Et en fait, peut-on même parler de types d’information? Qu’est-ce que l’information?)
On a donc deux conceptions qui s’opposent:
Équipe 1: les objets ont des propriétés “en soi”. Les cellules visuelles perçoivent ces propriétés et envoient l’information à l’endroit approprié. La preuve c’est qu’il y a dans l’oeil des cellules spécialisées dans tel ou tel “type d’information”.
Équipe 2: les cellules ganglionaires de la rétine sont beaucoup trop stupides pour savoir qu’un faisceau de photon contient tel “mouvement” ou telle “forme”. Ce traitement se fait plus loin dans le cerveau. La preuve est que nos préconceptions altèrent ce qu’on voit (on dit “effet top-down, ou descendant).
Alors voilà le background. Maintenant, le texte.
—————
La conception classique en identification visuelle, tel qu’on la retrouve dans les manuels,1 va comme suit. D’abord, la lumière traverse l’oeil et vient frapper les récepteurs visuels (cône ou bâtonnets) de la rétine, qui effectuent la transduction de la lumière en potentiel électrique. Les cônes et bâtonnets convergent ensuite vers les cellules ganglionnaires qui, lorsque suffisamment excitées par leurs récepteurs associés, déclenchent et envoient un signal électro-chimique2. Notons que les cellules ganglionnaires ne déclencheront pas dans les mêmes conditions: certaines, les ganglions magnocellulaires (M) réagiraient davantage au mouvement, alors que les ganglions parvocellulaires (P) seraient plutôt sensibles aux formes. Les projections d’axones de ces deux types seraient éventuellement traitées par différents modules s’occupant respectivement de la composante « où » (localisation spatiale, orientation) et « quoi » (identification des objets) de l’information visuelle.
Là commencent les ennuis pour ce modèle théorique: mais qu’est-ce que l’information? En sciences cognitives, remarque Hintikka, aucune définition précise n’est donnée, et on semble se fier à l’emploi de « théories de l’information » ou de l’informatique elle-même pour s’épargner une analyse conceptuelle (Hintikka et Symons, p. 90). En ce qui concerne les voies du « où » et du « quoi », la conception classique accepte implicitement qu’il existe des « types d’information »3. Plusieurs études ont confirmé l’existence d’une telle subdivision dans le cerveau4, distinction popularisée les travaux cliniques du d’Oliver Sacks sur des patients atteints d’agnosie visuelle, capables de voir les objets mais pas de les identifier (Sacks, 1992). Cette division au sein du cerveau, plus exactement dans le corps genouillé latéral (CGL), est acceptée par Hintikka, qui remet plutôt en cause l’existence l’extension de la subdivision P/M jusqu’à la rétine, au sein des cellules ganglionnaires (p. 94).
Un premier problème relevé par Hintikka est que les deux types de ganglions projettent leurs axones à la même zone (V1), ce qui n’est pas ce qu’on attendrait de deux « voies » distinctes. On remarque ensuite que les cellules P et M ne sont, en fait, pas totalement spécialisées dans la localisation ou l’identification, mais partagent ces aptitudes dans différentes proportions. Il semblerait donc que la distinction P/M dès la rétine vise plutôt à maintenir une coupure nette et peut-être injustifiée entre l’information de type « where » et « what »; et c’est justement ce que Hintikka va attaquer… en se basant sur la logique épistémique.
L’argumentaire de Hintikka propose d’abord d’établir une distinction entre les informations publiques et perspectivales servant à effectuer une tâche de reconnaissance d’objet. Les connaissances publiques concernent les propriétés de l’objet qui sont mises à la disposition du sujet, comme le nom et la profession d’un individu, alors que l’information perspectivale découle de l’espace visuel occupé par l’objet sur la rétine de l’agent (p. 96). Supposons maintenant une certaine scène visuelle. Dans certains scénarios, ou « mondes possibles », l’agent est en mesure d’identifier l’objet (le maire d’El Paso dans l’exemple de Hintikka), alors que d’autres perspectives5 (par exemple, le maire est de dos, dissimulé ou trop éloigné) ne le permettent pas. Toutefois, cela n’empêche un agent disposant de certaines informations d’identifier tout de même l’objet (par exemple, si l’agent est dans un rally politique et aperçoit l’objet en train de faire un discours, au loin). On parle alors de reconnaissance faite en mode centré sur le sujet (« subject-centered », Hintikka, p.97) . Si on remet en jeu ce qui a été dit plus haut sur les patrons cognitifs, on constate qu’il est étrange de parler de cellules « what » aussi hâtivement dans le traitement de l’information alors que dans le cas du maire d’El Paso l’identification (ou reconnaissance) suppose une connaissance préalable de l’objet. Les ganglions n’ont, manifestement, aucune connaissance sur le maire, ce qui n’empêche pas le sujet d’inférer ce qu’est ( ou qui est) l’objet via un mode différent d’identification.
Hintikkaa, Jaakko, et Symons, John. « Systems of Visual Identification in Neuroscience : Lessons from Epistemic Logic », Philosophy of Science, No. 70, 2003, pp. 89-104
Sacks, Oliver. L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau et autres récits cliniques, Seuil, 1992.
Tags: Épistémologie, Hintikka, Perception, sciences cognitives
Category: body and soul, philo
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19 of jan, 2008 at 12:19
When Jacques Lacan
Sat on the can
Pearls of Wisdom would drop
With a gentle Plop
-Ronald de Sousa
Aujourd’hui dans Libération on peut lire une entrevue assez rigolote avec Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan et héritier actuel de ce dernier.
Miller, dont la secte est menacée par la pénétration des sciences cognitives dans la francophonie, nous ressort les clichés anti-scientifiques habituels pour justifier son poste de ” directeur du département de psychanalyse de l’université Paris-VIII”.
Pour l’héritier de Lacan, tout ce qui est scientifique en psychologie se ramène sous l’étiquette “cognitiviste”. Les cognitivistes, un peu comme les nominalistes chez Grondin, sont les gros méchants dans cette histoire. Ils veulent tout quantifier. Ils veulent tout réduire à des processus effectués par cette masse de Jell-O*. Ils veulent tout contrôler, ce sont des fascistes de la psycho, dignes de l’ancienne URSS. Ils réduisent l’humain à une statistique. Le pire: ils tiennent mordicus à ce que chaque terme possède une définition bien claire.
Les “cognitivistes” ont un plan diabolique: créer une nouvelle espèce humaine qui ne possède pas de “pulsion de mort”, et ainsi rendre caduque la psychanalyse. Ce sont des “débiles mentaux” en proie à “de vrais délires mégalomaniaques”.
(Bigre, il va falloir jeter mes livres de Steven Pinker!)
En revanche les psychanalystes font du “sur mesure”. Ils cultivent l’ambiguïté du langage (ce qui est bien, semble-t-il). Justement Miller nous livre une petite phrase toute lacanienne: “la psychanalyse aussi repose sur le chiffre, mais au sens de message chiffré.” C’est étrange, j’aurais dit “au sens du tas de pognon que gagne un psychanalyste, qui grimpe souvent dans les six chiffres”.
Or la psychanalyse, nous dit Miller, respecte la loi de l’offre et la demande. Les gens veulent de la psyk, on leur en donne. On ne fait rien de mal, et au diable les études qui montrent que l’efficacité est comparable à pas de thérapie du tout. Il faut sortir de la “culture de l’évaluation”, typiquement bolchévique, et laisser le client choisir.
Bref Miller se lance dans une attaque en règle contre la neurologie, caricaturant l’usage de l’IRM, de même que l’étude des neurotransmetteurs et des hormones. C’est “tout à jeter”.
Ça sent la fin pour les lacaniens. On devrait bientôt avoir un best-of et un album “live”, puis les livres de Lacan, dont l’édition est contrôlée par le “siège social” (ça a marché avec L. Ron Hubbard après tout…) iront rejoindre Arthur Janov et ses compères dans le bac à 1$ des bouquineries.
*Cette formulation provient d’une vidéo de l’Église de Scientologie. Tous droits réservés. J’ai simplement cru qu’elle s’appliquait tout aussi bien ici. 
Tags: Jacques-Alain Miller, Lacan, psychanalyse, sciences cognitives
Category: body and soul, imposture
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