dechamplain - the material soul

Nicolas Cage contre la transcendance

29 of déc, 2007 at 18:37

S’il existe une âme transcendante, comment expliquer les cas de personnalité multiple? Que penser des jumeux? Ont-ils une ou deux âmes? Une âme peut-elle habiter deux corps? Deux âmes dans un corps? (Et non, cet article ne va pas réellement parler de Nicolas Cage!)

On retrouve ce genre de questionnement chez Locke (voir paragraphe 12 à 14) qui s’interroge sur ce qu’il appelle l’Homme de jour et l’Homme de nuit. L’exemple va comme suit. Supposons deux corps qui possèdent une âme. Le jour, l’âme va dans le corps A et, lorsque cet Homme de jour s’endort, passe au corps B. Si l’on accepte qu’il puisse exister une âme désincarnée, nous dit Locke, c’est le genre d’absurdité qu’on devrait pouvoir admettre.

Ce genre de phénomène à la Docteur Jeckyll et Mister Hyde a depuis toujours frappé l’imagination. L’arrivée du cinéma, qui permet plus facilement de jouer sur l’apparence par les effets spéciaux combinée à la dichotomie personnage/acteur, a engendré un foisonnement de “mythes modernes” reprenant le thème ancien du “evil twin” ou encore de la seconde personnalité, sombre et inconnue du protagoniste lui-même.

Dans le film Face/off, Nicolas Cage et John Travolta jouent alternativement le rôle d’un policier et d’un criminel notoire. Dans le but d’infiltrer un groupe criminel, un policier accepte de subtiliser l’apparence de leur chef, préalablement capturé. Bien entendu, l’affaire tourne mal et le policier se retrouve coincé avec le visage du mafieux, alors que ce dernier se la coule douce dans la  personna du policier. La ligne entre les identités se brouille, le justicier se glissant peu à peu dans l’identité du chef de gang. Dans la scène finale, tout le monde se demande qui est qui, y compris le couple d’antagonistes criminel-policier.

On retrouve là un thème abondamment traité au cinéma: l’identité personnelle. Prenez un film au hasard, il y a de bonnes chances que le motif de “l’échange de place” (ou son revers, le dédoublement de personnalité) s’y retrouve d’une manière ou d’une autre. Tenez, prenons un autre film dans lequel joue Cage: Adaptation. Ce bijoux signé Kaufman met en scène des frères jumeaux totalement-opposés-mais-pas-si-différents-après-tout en plus de jouer avec l’identité de l’auteur et des personnages principaux. Dans l’ensemble, le film parodie l’emploi continuel du thème de l’identité personnelle, tout en tombant délibérément dans tous les clichés hollywoodiens possible.

Dans Adaptation, l’exploitation du thème de l’identité est incarnée par le script que rédige le jumeau apprenti-auteur, Donald Kaufman. Le film, “The Three”, amène le cliché bien au-delà des limites de l’absurde: un policier enquête sur un tueur en série et doit le retrouver avant qu’il exécute sa prochaine victime, cachée dans une cave. Or, le policier, le bourreau et la victime sont en fait (!) la même personne. Le scénario de Donald joue (maladroitement, certes) avec le fait que les “Trois” sont/est trois personnes dans un même corps. Par l’usage de stratagèmes tout aussi cliché comme des reflets dans un miroir brisé (j’espère que les scénaristes de Spider Man se sont sentis visés!) The Threecherche à laisser croire qu’il s’agit de trois personnes distinctes. On va même jusqu’à inclure une poursuite entre le policier et le tueur… qui sont une même personne, rappellons-nous!

À travers ces mythes modernes, on réalise une chose: un individu ne peut pas être une âme désincarnée. S’il existe quelque chose comme une âme, elle ne peut suffire à définir ce que nous sommes. Mon identité personnelle inclut mon entourage (famille, milieux, etc) autant que mon corps dans tous ses aspects (je porte des lunettes, je mesure six pieds, etc), ainsi que mes aspirations, mes tics, mes manies, mes envies, etc.

En plus des absurdités évidentes engendrées par la croyance en une âme transcendante où il y aurait colocation d’âmes (personnalité multiples, chimères, etc) ou partage d’une même âme (jumeaux monozygote) on réalise que l’animisme contemporain réduit la personne à un fantôme désincarné (ou âme) habitant une sorte de zombie (le corps). Le tout résulte en des situations absurdes à la The Three où le corps est un simple véhicule télécommandé par l’âme (dans ce cas-ci, par trois âmes, à tour de rôle).

Je propose plutôt une solution qui résout à la fois les problèmes réels (jumeaux, etc) et absurdes (The Three). L’âme est la personnalité (ici, j’entends par personnalité le “ce-que-je-suis”). La personnalité découle d’un ensemble de facteurs: l’état de nos neurones au moment t, le bagage génétique, notre milieux social, le contexte socio-historique, etc. Tout cela influence nos réactions et décisions. S’il fallait donc pointer dans le cerveau l’endroit où se trouve l’âme, ce serait quelque part dans le lobe frontal, dans le système (s’il existe quelque chose du genre) des décisions et choix moraux. Cette âme, pour reprendre le propos de Dennett, effectue au fond exactement ce qu’on lui attribue depuis la nuit des temps. Mais elle n’est ni transcendante, ni immortelle, ni désincarnée.

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Category: body and soul, philo Add this post to Del.icio.us - Digg

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Zombie philosophique

Je suis Guillaume Loignon, étudiant à la maitrise en philosophie à l'Université de Montréal. Mes intérêts se situent principalement en sciences cognitives, philosophie de la biologie et en éducation. Appuyé par une bourse de recherche du CIRST, j'explore actuellement l'évolution des émotions selon Tooby et Cosmides.